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Critiques / Opéra & Classique

La Traviata de Giuseppe Verdi

par Quentin Laurens

Des voix superbes pour une reprise sans surprise

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Depuis sa création en 2014, La Traviata de Verdi selon Benoît Jacquot est devenue une rengaine de saison, un « marronnier lyrique ». Son nouveau sort de est donc confié à la partie vivante du spectacle, à son plateau vocal chargé d’en faire le sel. Cette Traviata sans surprise est cette fois servie par une double, et même triple distribution en octobre et décembre.

La liberté que prend Benoît Jacquot ampute le livret de quelques subtilités, crée des raccourcis -comme lorsque l’arbre de l’Acte II remplace la maison de campagne-, sans toutefois desservir le sens général. Les décors de Sylvain Chauvelot sont simples et imposants. Le premier acte s’articule autour d’une coiffeuse dorée, d’un très grand lit à baldaquin, celui de Violetta, surplombé par l’Olympia de Manet : une mise en abyme de la maîtresse et de sa servante. Annina est d’ailleurs maladroitement grimée en femme noire. On se souvient de la polémique de septembre dernier, lorsqu’on avait découvert la peau brunie d’Anna Netrebko pour rappeler les origines éthiopiennes de l’esclave Aïda. Doit-on s’en indigner en 2018 ? Ce n’est pas le débat ici !

Pour le deuxième acte, la scène est scindée en deux. Un grand arbre d’une part, lieu de confidences et de recueillement, où le père Germont vient solennellement demander à son ex-future belle-fille, cette « demi-mondaine », d’étouffer l’amour pour son fils. Un vaste escalier d’autre part, théâtre du bal, de danses et de drame. Dans le troisième acte, le lit à baldaquin revient et contraste avec le lit de malade, où Violetta, rongée par la phtisie, vit ses dernières heures, mourante…

Une mise en scène qui manque d’éclat, la faute peut-être aux décors un brin sommaires, et surtout à une direction d’acteurs statique voire parfois inexistante. Les chanteurs font pourtant preuve de bonne volonté mais cela ne suffit pas. Les chœurs ne sont pas davantage mis à contribution, hélas.

Côté costumes, pas de surprise majeure non plus : les jolies robes colorées des femmes côtoient les costumes sombres des hommes. Classiques et discrets, les costumes de Christian Gasc ne font pas tout mais contribuent à créer quelques beaux tableaux, à l’image de la scène du bal puis du chœur des bohémiennes et des matadors. C’est ici que, dans un ensemble assez plat, l’ambiance se déride un peu, avec cette respiration bienvenue de danse et d’humour, un grain de folie salvateur !

La responsabilité est donc confiée au plateau vocal d’animer cette Traviata ainsi que le soulignait déjà Caroline Alexander en février dernier (WT n°6022).

Dans la fosse, la direction de Giacomo Sagripanti est franche et vigoureuse, et même parfois un peu pressée. Au début du premier acte, les chanteurs sont happés par un tempo particulièrement vif et trop entraînant. Les équilibres se créent par la suite et l’orchestre de l’Opéra de Paris montre une belle énergie, sans faire fi de la tendresse nécessaire et inhérente à la partition. La descente aux enfers de Violetta est parfaitement restituée par l’orchestre qui en magnifie la portée dramatique.

Le timbre chaud, les qualités théâtrales d’Aleksandra Kurzak font une Violetta qui plait au public, à raison. L’aisance vocale de la chanteuse polonaise nous offre de beaux moments de grâce, comme dans le « Sempre libera ». Cette facilité lui joue toutefois quelques tours dans le premier acte où l’on relève quelques notes grignotées. Qu’importe, la prestation est superbe, Kurzak se livre, dans une palette de sentiments où détermination, amour et douleur se côtoient dans un concert de sincérité. On surveillera attentivement sa Desdémone dans Otello un peu plus tard dans la saison !

Jean-François Borras convainc une nouvelle fois à l’Opéra de Paris, dans un Alfredo Germont touchant, en duo complice avec Violetta. Servi par une ligne de chant claire et une belle projection, il propose des aigus nets, des graves suaves dans ce rôle qu’il connaît bien.

George Gagnidze est un habitué des rôles verdiens, et au-delà du père Germont, 2018 sera aussi, entre autres, l’année d’Otello et de Rigoletto. Malgré un démarrage un peu timide, le baryton géorgien se libère pour gagner en assurance, en autorité.

Le reste de la distribution est tout à fait convaincant, et notamment Flora Bervoix par Virginie Verrez et Julien Dran en Gastone.

Le joli et homogène plateau vocal réveille donc cette production à laquelle la scène parisienne est à présent coutumière. Sans faux-pas majeur, cette Traviata manque d’un brin de vie et de beaucoup de surprise pour devenir une production incontournable.

La Traviata de Giuseppe Verdi, opéra en trois actes, créé en 1853.
Direction musicale Giacomo Sagripanti, mise en scène Benoît Jacquot, décors Sylvain Chauvelot, costumes Christian Gasc, Lumières André Diot, Chorégraphie Philippe Giraudeau, chef des chœurs Alessandro Di Stefano, Orchestre et chœurs de l’Opéra de Paris.
Avec : Violetta Valéry Aleksandra Kurzak, Flora Bervoix Virginie Verrez, Annina Cornelia Onciolu, Alfredo Germont Jean-François Borras, Giorgio Germont George Gagnidze, Gastone Julien Dran, Il Barone Douphol Igor Gnidili, Il marchese d’Obigny Christophe Gay, Dottore Grenvil Luc Bertin-Hugault, Giuseppe Emmanuel Mendes, Domestico Andrea Nelli, Commissionario Fabio Bellenghi.

Opéra Bastille, les 5, 8, 11, 17, 23, 26 octobre à 19h30, les 14 et 21 octobre à 14h30.
Les 11, 14, 17, 20, 26, 29 décembre, à 19h30. Le 23 décembre à 14h30.
08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr
Photos : Opéra de Paris/Sébastien Mathe

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