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Critiques / Opéra & Classique

La Traviata de GIUSEPPE VERDI

par Jaime Estapà i Argemí

Belle nuit lyrique à Peralada

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Le Festival de Peralada a présenté cette production de « La Traviata » dans le cadre somptueux de ses jardins, par une nuit calme et une température estivale délicieuse. Dans ces conditions, l’orchestre, les chœurs et les solistes ont pu donner le meilleur d’eux-mêmes.
L’Orchestre Symphonique du Gran Teatre del Liceu de Barcelone, en bon connaisseur de l’œuvre de Giuseppe Verdi, a donné une lecture fidèle de la partition, sous la direction de Riccardo Frizza, en créant des ambiances propices à l’action, en sublimant les sentiments des personnages, ou plus simplement, en accompagnant les chanteurs, sans jamais chercher le premier rôle.
Le chœur Intermezzo, préparé par José Luis Basso (par gentillesse de l’opéra National de Paris, précise le programme) a été un atout majeur du succès de la nuit. La quantité, mais surtout la qualité de ses choristes a subjugué le public par la puissance et la justesse de leur chant, et de leurs évolutions sur scène, complexes et réglées avec une précision chronométrique par Carlos Martos.
Les trois principaux protagonistes, inconnus à ce jour à Peralada, seront désormais toujours les bienvenus au Festival, tant ils ont marqué l’assistance de leurs qualités artistiques.
Ekaterina Bakanova a interprété Violetta avec un grand lyrisme. Certes, elle a exagéré le volume de sa voix dans ses transitions vers les aigus « forte » lors de ses premières interventions, mais elle s’est ressaisie dès l’air final du premier acte qu’elle a totalement réussi. Par la suite, s’appuyant surtout sur le registre moyen -mais attaquant aussi l’aigu avec précision-, elle a parfaitement exprimé ses sentiments amoureux vis-à-vis d’Alfredo, tout autant que sa déception résignée devant Germont ; et son « Amami Alfredo ! », a été déclaré avec grande conviction. Mais c’est surtout à la fin du conte, devant la mort, que la soprano russe, dans son tragique désespoir, a montré ses meilleures capacités vocales et dramatiques.
René Barbera dans le rôle d’Alfredo, a été vocalement impeccable. Son émission a été claire, son timbre très agréable, sa diction très compréhensible, ses dires parfaitement en accord avec le moment vécu par le personnage. Très à l’aise aussi bien dans le registre aigu que le dans le registre moyen, parfait dans les parties récitées, il a donné d’Alfredo une image très crédible.
Applaudissons la voix de Quinn Kelsey. Son timbre, reconnaissable, son émission claire, puissante, sans effort apparent, ont été bien utilisés par Paco Azorín, qui a transformé l’histoire romantique en un fait divers, violent à tout va. Cela a caché la très probable incapacité du baryton à exprimer des sentiments de tendresse (réelle ou feinte), tout à fait présents dans le personnage du père d’Alfredo, en particulier lorsqu’il essaye de convaincre son fils de revenir vers le foyer familial. Le baryton hawaïen est totalement passé à côté de ce moment attendu, créant ainsi une entorse considérable à la belle nuit lyrique.
Le vétéran Stefano Palatchi a campé un Docteur Grenvil de bonne qualité, malgré la fatigue évidente de sa voix, Guillem Batllori, un artiste montant, a bien servi le rôle de d’Obigny, et Laura Villa a défendu le rôle, certes mineur, mais important et souvent mal distribué, de Flora. Le reste de la distribution s’est plutôt bien tiré d’affaire.

Paco Azorín a placé l’histoire des amants malheureux dans un contexte spectaculaire, violent et onirique, sans doute pour justifier la scénographie -excessive, sans fondement, dangereuse même pour les artistes, à la limite du ridicule-, qu’il a signée lui-même : le directeur est à la base scénographe. Non content d’avoir abreuvé les spectateurs d’images de toute sorte -saltimbanques, tables de billard au sol et sur les murs...-, aidé en cela par les vidéos, certes intéressantes, d’Albert Faura, il a aussi chargé l’histoire en sortant de sa poche un enfant né des amours de Violetta et Alfredo. On peut penser que ce rajout, totalement injustifié, a été simplement le fruit d’une erreur : le directeur a mis un enfant sur scène, croyant qu’il était en train de diriger « Butterfly ». Ou, plus grave, peut-être s’agissait-il d’une vraie vengeance : Paco Azorín voulant à tout prix diriger « Butterfly », alors que la production lui imposait « Traviata ».

« La Traviata », opéra en trois actes de Giuseppe Verdi avec libretto de Francesco Maria Piave, basé sur le roman d’Alexandre Dumas (fils) « La Dame aux Camélias ». Production : Festival Castell Peralada et Opera de Oviedo. Direction musicale : Riccardo Frizza. Mise en scène et décors : Paco Azorín. Habillement : Ulises Mérida. Chanteurs : Ekaterina Bakanova, Laura Vila, Marta Ubieta, René Barbera, Quinn Kelsey, Viçens Esteve Madrid, Carles Daza,Guillem Batllori, Stefano Palatchi et autres.
Festival Castell Peralada les 5 et 7 août.

www.festivalperalada.com

Crédit photos : Toti Ferrer

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