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Critiques / Théâtre

La Rue d’après Isroël Rabon

par Corinne Denailles

Un Juif errant

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La Rue est un roman inclassable d’Isroël Rabon, un auteur polonais peu connu qui participa activement à l’éclosion de la culture yiddish dans l’entre-deux guerres et mourut en déportation en 1942.
Marcel Bozonnet a adapté pour le théâtre ce récit de l’errance urbaine d’un jeune soldat polonais démobilisé de la Première Guerre mondiale qui,après quatre rudes années d’armée, se trouve confronté à la faim, au froid, à la pauvreté, au chômage, à l’exclusion, à la violence d’un monde laid, inhumain, sombre.
Il traverse mille morts, survit dans la neige, collé au flanc encore chaud d’un cheval mort, mendie un quignon de pain, perd espoir. Il s’émeut parce qu’une petite-fille lui a dit « merci », rêve d’un livre, pleure sur toutes les solitudes. Il se fera homme sandwich pour le compte d’un cirque qui l’engagera un temps. Et c’est à lui que le directeur de ce minable petit cirque (Jean Sclavis) et l’acrobate Josefa — Lucie Lastella nous offre un numéro de cerceau haut de gamme — confieront leur histoire extravagante.
Le metteur en scène respecte la structure fragmentée du texte, métaphore d’un monde chaotique, écho des fractures propres à l’errance, jusque dans le choix musical, composition électroacoustique de Gwennaëlle Roulleau de belle facture. La scénographie dépouillée, conçue par Adeline Caron, les accessoires bruts très suggestifs renvoient à la précarité du soldat. Les marionnettes de la talentueuse Émilie Valantin contribuent à l’étrangeté de ce spectacle, émaillé de chansons issues du répertoire yiddish, qui conjugue fantastique, grotesque et tragique, rêves éveillés et hallucinations.
Frêle dans son encombrant cache-poussière, Stanislas Roquette est ce jeune soldat dont la douceur de la voix, le regard parfois halluciné disent la faiblesse physique et morale de celui qui est arrivé au bout de lui-même, enfermé dans sa solitude et qui, en proie au désespoir est assailli par des visions, des souvenirs de guerre, d’enfance qui se confondent avec la réalité. Telles les cordes d’un violoncelle, le comédien module la puissance évocatrice du récit, révélant les images surgies de la nuit dans laquelle le soldat se débat.

La Rue d’après le roman d’Isroël Rabon, traduit du yiddish par Rachel Ertel. Adaptation de Jean-Pierre Jourdain et Marcel Bozonnet. Mise en scène Marcel Bozonnet. Avec Lucie Lastella, Stanislas Roquette, Jean Sclavis, Laurent Stocker. Marionnettes, Emilie Valantin. Scénographie, Adeline Caron. Costumes, Renato Bianchi. Lumières, Philippe Catalano. Composition électro-acoustique originale, Gwennaëlle Roulleau. Création vidéo, Quentin Balpe. A la Cartoucherie, Théâtre du soleil jusqu’au 25 septembre et du 5 au 10 octobre 2021 à 20h30. Durée : 1h20.
www.theatre-du-soleil.fr

©. Pascal Gély

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