La Rome antique danse, chante et rit au Lido 2 Paris
La comédie musicale de Stephen Sondheim, « Le Forum en folie », fait la réouverture du music-hall des Champs-Élysées.

Cette fois, c’est la bonne ! Après une réouverture provisoire il y un an, pour la même période des fêtes, avec un Cabaret très en verve, le temple des paillettes de la nuit parisienne a relissé ses plumes et se met au goût du jour avec un nouveau label : Le Lido 2 Paris. Réimaginée par l’architecte Philippe Pumain et le décorateur Alexis Mabille, la salle, tirée de la banqueroute par le groupe Accor en février 2022, a gardé son style Art Déco. Mais s’est modernisée avec un plancher mobile caché sous la scène, sa moquette et ses fauteuils rouges à motifs de plumes, ses fontaines en miroirs et mosaïques… Et, bien sûr, ses guéridons où poser les consommations…
Dès l’entrée dans la galerie du 116, avenue des Champs-Élysées, sous une pluie de paillettes virtuelles, on se sent plus à Las Vegas ou à Broadway qu’à Paris. Mais la salle restera un « lieu de légèreté où se cache aussi la profondeur, assure son président et DA, Jean-Luc Choplin, avec des spectacles à la fois sophistiqués et accessibles à un très large public et aux touristes du monde entier ». Traduire : un programme entièrement anglo-saxon importé de Broadway ou du West End londonien. Venu de Disney, l’homme a assuré la relève du Châtelet dans les années 1990 avec des comédies musicales à succès. Il connaît la Petite musique de la nuit (musical de Stephen Sondheim, qu’il y a donné en 2010). Et c’est avec A funny thing happened on the way to the forum (1962), traduit par Le Forum en folie, le premier des musicals signés Sondheim à la fois pour les paroles et la musique, que le rideau se lève sur la seconde vie du Lido.
Scapin en jupette
Après avoir concocté uniquement les lyrics (les paroles des chansons) de West Side Story (en 1957) et de Gypsy (en 1959), l’envie prit Sondheim (1930-2021) de faire entendre sa propre musique. La pièce s’appuie sur des farces de Plaute, l’auteur comique latin du troisième siècle avant J.-C. qui inspira beaucoup Molière. Ce péplum musical en jupette qui connut un immense succès en salle, fut adapté pour le cinéma avec beaucoup moins de bonheur en 1966 par Richard Lester. Il est donné au Lido en VO surtitrée, mais les acteurs/chanteurs placent de-ci, de-là des répliques et même des chansons de corps de garde franchouillardes, histoire de s’attacher les faveurs du public local.
Les deux librettistes, Burt Shevelove et Larry Gelbart, ont placé l’action dans la Rome d’avant Jésus-Christ, avec pour héros l’esclave Pseudolus qui se bat bec et ongles pour conquérir sa liberté (et y parvient). Toujours plein de ressources, ce Scapin en jupette est une incarnation romaine et loufoque de la success story à l’américaine. Toute l’action se déroule dans trois maisons rondes côte à côte dans une rue de Rome. Pseudolus s’active dans la demeure centrale où résident le sénateur lubrique Senex et son insupportable matrone, la bien nommée Domina. Leur bellâtre de fils, Hero, s’entichant de la soi-disant vierge crétoise Philia, détenue dans le lupanar d’à-côté par le louche Marcus Lycus, Pseudolus fera assaut d’imagination pour réunir les deux tourtereaux et, au terme de mille péripéties, y gagner sa liberté.
Meneur et chauffeur
Une foule de personnages secondaires avec des chanteurs/acteurs qui jouent souvent plusieurs rôles, peuplent les spectacle, défini d’entrée de jeu comme une « Comedy Tonight », expression qui fera l’objet d’airs successifs dans la pièce, dont le finale endiablé. D’autres airs très enlevés comme Lovely ou I’m calm reviendront au long du spectacle et resteront dans l’oreille des spectateurs, mais aucun n’a atteint en France la célébrité des tubes du répertoire.
Très professionnelle, la troupe ne ménage pas son énergie. L’orchestre, réparti des deux côtés de la scène, est parfaitement synchro avec les acteurs/chanteurs qui offrent une palette de voix très diversifiée, allant de la soprano suraiguë au baryton-basse caverneux. Rufus Hound, qui joue Pseudolus, fait montre d’un bel abattage, infatigable meneur de revue et vrai chauffeur de salle. Mais des gags un peu lourdingues et des ballets plus ou moins réussis avec les filles du lupanar (dont une contorsionniste), nécessitent encore quelques coupes et réglages pour alléger le spectacle un peu long (trois heures avec un entracte). Et les courses-poursuites à la Tex Avery entre les trois maisons tournantes finissent par lasser.
Le clou du spectacle reste le ballet de filles-fleurs se trémoussant dans un bassin avec ses jets d’eau s’élevant tout à trac des tréfonds de la scène devant le public ébahi et ravi. Féministes s’abstenir.
Photo : Julien Benhamou
A funny thing happened on the way to the forum, de Stephen Sondheim, au Lido 2 Paris jusqu’au 4 février 2024 (https://lido2paris.com)
Metteur en scène : Cal Mccrysta. Scénographe : Tim Hatley. Directeur musical et arrangeur : Gareth Valentine. Chorégraphe : Carrie-Anne Ingrouille. Costumier : Takis. Créateur lumières : Giuseppe Di Iorio. Créateur Son : Unisson Design. Orchestrations additionnelles : Larry Blank. Casting : David Grindrod pour Grindrod Burton Casting.
Avec Rufus Hound, Andrew Pepper, Patrick Ryecart, David Rintoul, Martyn Ellis, John Owen-Jones, Valérie Gabail, Josh St Clair, Neima Naouri Michael Afemaré, David Benson, Joseph Claus, Autumn Draper, Peter Houston, Polina Kapona, Shakeel Kimotho, Natasha Leaver, Dan March, Joseph McDonnell, Margaux Poguet, Jessica Sutton, Senayt, Harriet Watson. Orchestre du Lido 2 Paris.



