Accueil > La Métamorphose des cigognes de Marc Arnaud

Critiques / Festival / Jeune Public / Théâtre

La Métamorphose des cigognes de Marc Arnaud

par Corinne Denailles

"Comme Sissi, t’es face à ton destin"

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

On connaît le parcours redoutable de la fécondation in vitro du point de vue des femmes. Parce qu’il est incomparablement plus pénible que celui de l’homme, on ne sait pas grand-chose de l’expérience vécue côté masculin. Le comédien Marc Arnaud nous en offre un témoignage édifiant. Il a écrit un petit texte décapant qui conjugue la trivialité de la situation, l’avalanche de questions, de réflexions, de souvenirs suscités par cet acte décisif. Le personnage est au seuil d’apporter sa contribution au processus de fécondation. Alors que sa femme est au bloc pour la ponction ovarienne, après un parcours médical éprouvant, le futur père virtuel est confiné dans un espace minuscule et impersonnel, face à un gobelet supposé recevoir son sperme. Ainsi décrite, la situation n’a rien de poétique ni de très drôle. Quelques minutes dilatées au fil de scènes qui défilent à grande vitesse pour nous plonger dans le cours chaotique des pensées du personnage qui, évidemment tournent autour de la question sexuelle et de la paternité.
Chaque évocation est traitée avec un humour singulier qui recourt souvent à des comparaisons inattendues. Le texte est semé de commentaires qui s’adressent au public ou à lui-même : son « Marc ! va à l’essentiel ! » dit les résistances intérieures à l’exécution du programme.
Non seulement Marc Arnaud a écrit un texte singulier et efficace, mais il le joue avec un grand talent. Il évoque le désastre de son premier rapport sexuel maladroit : « c’est là qu’est arrivé le silence. Et avec le silence, la honte, Embarrassé qu’on était avec nos corps remplis de punch et de honte ». Un mauvais début qui conditionne peut-être la suite. Le sentiment de culpabilité menace. Il se rappelle sa première tentative de drague au cinéma sur fond de réclames locales.
Le comédien est aussi un parfait imitateur et attribue à ses personnages des voix et des mimiques irrésistibles. Il croque l’attitude embarrassée du médecin qui doit annoncer une mauvaise nouvelle. Le pauvre bougre ne trouve aucun réconfort chez le psy qui inversant les rôles, se confie à son patient qui paie pour l’écouter. Et finalement, pour ne pas répondre aux questions cruciales et fatidiques : Pourquoi je ne peux pas faire un enfant comme tout le monde ? Est-ce que je veux un enfant ? Est-ce bien raisonnable d’enfanter dans ce monde pourri ?, il fait la liste des courses.
La mise en scène musclée de Benjamin Guillard imprime un rythme syncopé qui traduit le désordre des pensées et la pression vécue dans ce court instant de jeu décisif. L’air de rien, le spectacle explore un sujet ingrat, complexe et fort sérieux sur un ton enlevé et poétique.

La Métamorphose des cigognes de et avec Marc Arnaud. Mise en scène Benjamin Guillard. Création lumières, François Leneveu. A Avignon, Théâtre du Train bleu. Durée : 1h05. A partir de 11 ans.
Texte publié aux éditions Koinè
© Alejandro Guerrero

A Paris, La Scala, à partir du 12 novembre 2021 à 19h.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.