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Critiques / Théâtre

La Dame de la mer d’Henrik Ibsen

par Corinne Denailles

La douleur d’Ellida

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Ellida entretient des relations mystérieuses avec la mer. Fille d’un gardien de phare, elle a épousé le docteur Wangel, un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Elle n’a jamais pu se consoler de l’enfant qu’ils ont perdu ni oublier cet amour de jeunesse qui la hante. Ellida semble aux prises avec des forces désirantes qui la dépassent et l’effraient. Si l’écrivain norvégien Henrik Ibsen fut un des représentants majeurs du théâtre naturaliste européen, la critique dramatique a pu considérer La Dame de la mer (mais aussi Le Petit Eyolf ou Solness le constructeur) comme une œuvre symboliste. Il est vrai qu’on peut voir dans la figure de l’Etranger, un symbole de liberté, d’appel du grand large, voire d’appel mystique. Mais la pièce se prête aussi bien à une analyse psychologique qui verrait une histoire de passion et de tentation d’adultère déjouée par un mari habile, et fin psychologue. Ibsen s’intéresse aux mouvements inconscients de l’âme et le vieux mari pourrait bien faire figure de psychanalyste (comme cela a été suggéré par Ferenczi, l’ami de Freud) . Ce n’est certainement pas un hasard si cette pièce, comme Romershold, a intéressé les psychanalystes.

Ta douleur

Chaque apparition d’Ellida, dans sa longue robe de satin rouge, rend l’atmosphère délétère, étouffante. La jeune femme est prisonnière d’angoisses qui confinent à la folie quand la panique s’empare d’elle à l’idée que le marin de sa jeunesse (Nicolas Martel) va revenir la prendre et qu’elle ne saura résister à sa volonté. Pourtant, le marin reviendra, à moins que son retour sur scène sous un violent rideau de pluie ne soit métaphorique… Probablement intimidée par un rôle aussi complexe pour des débuts au théâtre, Camille est visiblement écrasée par son personnage et son interprétation de femme-enfant est par trop monocorde et un peu raide. Mais quand, seule, au milieu des eaux noires qui occupent l’espace de jeu, s’élève sa voix fragile et enfantine si singulière, l’émotion surgit. Accompagnée de deux cors et d’un tuba, Camille lance au ciel des mélodies aux accents nordiques qui disent la « douleur » d’Ellida. Dommage que le metteur en scène n’ait pas accordé plus de place à cette approche du personnage.

Marion, Ophélie, Nicolas et Nicolas : un quatuor accordé

Et ce ne sont pas les choix scénographiques qui lui facilitent le travail. Les acteurs– chaussés de bottines de plongée pour ne pas prendre froid et entravés par le poids de leurs vêtements trempés jusqu’aux genoux – évoluent dans un bassin rempli d’eau. Il n’est pas sûr que l’intérêt symbolique l’emporte sur les inconvénients. Mais les aspects un peu démonstratifs sont éclipsés par des moments de pure comédie. En contrepoint des scènes crépusculaires et mortifères, la vie continue chez les Wangel. Bolette et Hild, les filles de Wangel (Didier Flamand), rêvent d’amour et d’avenir. Marion Bottollier (Bolette) est délicieuse de grâce et d’ambition souriante et têtue. Ophélie Clavie (Hild) incarne la jeunesse effrontée. Nicolas Struve est excellent dans le rôle inattendu de l’amoureux, maladroit aux jeux de la séduction mais doué dans l’art de convaincre. Quant à Nicolas Maury, il est très drôle en sculpteur éthéré en quête de création, malheureuse proie des moqueries de Hild. Grâce à ce quatuor qui joue sur le mode « vivace », Claude Baqué a su lester cette pièce aux replis obscurs d’un poids de vie qui souligne la solitude et l’enfermement d’Ellida mais le spectacle reste au rivage des mots et ne parvient pas à coudre ensemble l’ombre et la lumière pour nous emmener au grand large de l’imaginaire.

La Dame de la mer d’Henrik Ibsen, traduction et mise en scène Claude Baqué. Création musicale, Camille. Avec Camille, Didier Flamand, Ophélie Clavie, Nicolas Maury, Nicolas Martel, Nicolas Struve,. Aux Bouffes du nord du 28 fév 2012 au 17 mar 2012, du mardi au samedi à 21h, relâches les dimanches et lundis. Durée : 2 heures. Tél 01 46 07 34 50.

www.bouffesdunord.com

Tournée

20 mars 2012 : théâtre Simone Signoret, Conflans-Sainte-Honorine

22 mars 2012 : théâtre des Jacobins, Dinan

24 mars 2012 : théâtre en Dracénie, Draguignan

26 mars 2012 : théâtre de L’Olivier, Istres

28 mars 2012 : théâtre Jean Vilar, Bourgoin Jallieu

30 mars 2012 : théâtre de Chelles, Chelles

© Pascal Victor/Artcomart

Photo 1 : Didier Flamand, Camille, Nicolas Martel

Photo 2 : Nicolas Maury, Marion Bottollier

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