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Critiques / Théâtre

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau

par Corinne Denailles

Quelle cocotte !

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Après Büchner, Brecht et Shakespeare, Jean-François Sivadier embarque sa petite troupe à l’assaut de l’univers de Feydeau. Coutumier des blagues parfois un peu gamines quand il monte Brecht par exemple, on aurait pu s’attendre à ce qu’il s’en donne à cœur joie dans le vaudeville ce qu’il évite habilement. Néanmoins, il prend à revers la tradition en situant la scène dans un décor abstrait de cordages, de poulies et de draps blancs qui faseyent sous le vent de folie qui souffle sur le plateau. Point d’intérieur bourgeois mais un plateau presque nu où certes les portes claquent, mais après être descendues ostensiblement des cintres, accusant la citation.
Le médecin Petypont se réveille cul par-dessus tête après une nuit de bamboche mémorable. Il découvre qu’il n’est pas rentré seul mais accompagné de la Môme crevette, une cocotte, demi-mondaine danseuse au Moulin rouge. Comment cacher à sa femme, crédule et bonne fille, ainsi qu’à la famille, l’existence de cette fille par qui le vaudeville arrive ? Le temps de mettre en place les rouages de la comédie et c’est parti, comme dit Petypont effaré, « c’est l’engrenage ». La Môme qui ne s’en laisse pas compter se fait emmener à un mariage où elle fait sensation auprès des ces dames de province qui, après s’être montrées choquées, finissent par adopter les manières lestes de cette jeune délurée, convaincues que c’est la dernière mode à Paris. Et c’est là tout le sel de la pièce. C’est un vrai régal de voir la brochette de mijaurées et autres dames patronnesses se gondoler de tout le corps en remontant leurs seins, ponctuant la manœuvre d’un timide « allez donc, c’est pas mon père », que la môme ne peut s’empêcher de tonitruer toutes les quatre secondes.

Une brillante équipe à la barre

Après Zizi Jeanmaire (1965), Marie-Anne Chazel (1991) et Dominique Valadié (1985), on se souviendra de la Môme crevette de Norah Krief à la gouaille « parigote ». Volontiers gaillarde, jamais vulgaire, elle a le déhanchement coquin et ne souffre pas d’inhibitions, c’est sûr. Surtout elle mène son monde par le bout du nez et tous en passent par où elle veut. Elle se régale visiblement de la situation et se fiche de la figure de ces dames de la haute, en particulier quand elle leur chante son bonheur d’être demoiselle. Sa première victime c’est le brave Petypont, son amant d’un soir, interprété par un Nicolas Bouchaud qui semble mu par un ressort, véritable Zébulon toujours près à déguerpir, les yeux ronds d’incrédulité devant un tel tintouin. Au bord de l’apoplexie, on sent qu’il gère à peine la minute suivante, jusqu’à ce que la vérité lui éclate à la figure. Il fait penser à Harold Lloyd qui s’épuise dans une fuite en avant perdue d’avance pour échapper à des situations incontrôlables et désopilantes. A ses côtés, Nadia Vonderheyden joue magnifiquement le contre point. Epouse tendrement éprise de son Lucien, elle ne voit rien, ne comprend rien, se laisse berner par une histoire à dormir debout d’archange Gabriel. Citons aussi Stéphen Butel, l’ami qui embrouille tout, et Gilles Privat, l’oncle de Petypont qui contribue à multiplier les quiproquos et les malentendus. Cette Dame de chez Maxim est un régal d’incongruités hilarantes et d’intelligence théâtrale. Au registre des bizarreries, on compte une invention de Petypont : une sorte de chaise électrique qui pétrifie provisoirement celui qui s’y assoit. La machine à faire taire les gens est parfois bien utile pour éviter des révélations embarrassantes. Les mises en scène de Sivadier sont toujours portées par une énergie débordante ; il trouve ici de quoi mouliner et avec talent. Son sens du comique et de la rigueur de ses mécanismes s’épanouit à son aise et les acteurs font merveille.

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, mise en scène Jean-François Sivadier ; scénographie, Daniel Jeanneteau, Jean-François Sivadier, Christian Tirole ; lumière : Philippe Berthomé assisté de Jean-Jacques Beaudouin ; costumes : Virginie Gervaise ; décor : Amélia Holland ;son : Cédric Alaïs, Jean-Louis Imbert. Avec Nicolas Bouchaud, Cécile Bouillot, Stephen Butel, Raoul Fernandez, Corinne Fischer, Norah Krief, Nicolas Lê Quang, Catherine Morlot, Gilles Privat, Anne de Queiroz, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda et Jean-Jacques Beaudouin, Christian Tirole. Du mardi au samedi à 20 h, dimanche 15h, au théâtre de l’Odéon jusqu’au 25 juin. durée : 3h30

Coproduction Théâtre National de Bretagne - Rennes (producteur délégué) ; Odéon - Théâtre de l’Europe ; Italienne avec Orchestre ; TNT / Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées ; Espace Malraux / Scène nationale de Chambéry et de la Savoie ; Théâtre de Caen ; Grand Théâtre du Luxembourg

crédit photographique : Brigitte Enguérand

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