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La Dama boba de Lope de Vega

par Corinne Denailles

Une comédie féministe

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Écrivain majeur du Siècle d’or espagnol, contemporain de Shakespeare et de Cervantes, Lope de Vega fut un écrivain prolifique qui renouvela le genre de la comédie en prenant beaucoup de libertés à l’égard des normes et des sujets traités. Avec La Dama boba, il ose aborder la question de la place de la femme dans une société espagnole corsetée, à cheval sur les principes selon lesquels la femme est soumise à son père puis à son mari. Mais il va jusqu’à mettre en scène deux jeunes femmes capables de neutraliser l’ordre paternel pour atteindre leurs objectifs avec ruse et sagacité, de manière très différente, sans provoquer de drame. Nise, l’aînée est une érudite qui fréquente les cercles de poésie mais ne se prive pas pour autant d’ironiser sur les mauvais versificateurs. Finea, la cadette, considérée dans la famille comme une idiote congénitale, bénéficie d’une dot exorbitante par rapport à sa sœur, comme une compensation à son état. Le père a projeté de marier Finea au fils d’un riche parti sans que celui-ci la connaisse. Mais quand Liseo se rend compte du degré d’idiotie de la pauvre fille, il s’en détourne et jette son dévolu sur l’aînée. Parallèlement, Laurencio, le prétendant de Nise, s’intéresse à la dot de Finea et se met à la courtiser. Et voilà que, là où l’éducation avait échoué, l’amour, dans toutes ses dimensions, produit un miracle. Finea, indifférente à l’opportunisme du jeune homme, se transforme en jeune femme intelligente et futée. Lope de Vega a écrit une comédie féministe en plein XVIe siècle. Le metteur en scène Justine Heynemann (La Discrète Amoureuse de Lope de Vega, 2015 ; Les Petites Reines, 2018) a dû penser aux Femmes savantes (écrit soixante ans plus tard) et aux petits marquis de Molière mais aussi à Marivaux et ses comédies de l’amour et des apparences.
À l’exemple de Lope de Vega à l’égard de son temps, Justine Heynemann s’autorise toutes les libertés de mise en scène avec bonheur. L’imbroglio des relations amoureuses, les revirements de situation, un pseudo-duel qui vire au pugilat, la comédie jouée par Finea pour se tirer d’un mauvais pas donnent lieu à des scènes comiques échevelées dont le rythme ne fléchit pas jusqu’au dénouement. Presque toutes les scènes se passent dans un espace évoquant les chambres des filles où tout se passe, un peu comme dans les ruelles du XVIIe siècle où ces dames recevaient. Des stores enferment l’espace central et masquent l’extérieur qu’il découvre ensuite. Le spectacle est interprété par une équipe talentueuse pleine de peps et de bonne humeur contagieuse qui compte chanteurs et musiciens, une occasion de faire entendre la langue espagnole avec en clôture une version très drôle de la chanson Me gustas tu de Manu Ciao. La traduction et l’adaptation, la mise en scène, le jeu des acteurs, tout converge pour potentialiser la modernité de la pièce de Lope de Vega qui confine à l’universalité de cette critique sociale à peine dissimulée sous le masque de la comédie.

La dama boba ou celle qu’on trouvait idiote de Lope de Vega Traduction Benjamin Penamaria, Adaptation Benjamin Penamaria et Justine Heynemann, Scénographie Thibaut Fack, Costumes Madeleine Lhopitallier, Lumière Aleth Deypere, Musique Manuel Peskine. Avec Sol Espeche, Stephan Godin, Corentin Hot,
Rémy Laquittant, Pascal Neyron, Lisa Perrio, Roxanne Roux, Antoine Sarrazin. Au théâtre 13 Jardin jusqu’au 17 février. Durée : 1h45. A partir de 8 ans.
Résa : 01 45 88 62 22.

Texte édité aux éditions Les Cygnes, collection Les inédits
du 13

© Cindy Doutres

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