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Critiques / Théâtre

La Cuisine d’Elvis de Lee Hall

par Corinne Denailles

une comédie sous pression

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La pièce, d’abord radiophonique, du dramaturge anglais Lee Hall, scénariste du film Billy Eliot, auteur de Face de cuiller créé en France par Romane Bohringer en 2006 dans la mise en scène de Michel Didym, est beaucoup jouée en Angleterre. Elle a été révélée en France en 2003 par Marion Bierry au théâtre de Poche avec Jean-Pierre Kalfon dans le rôle de Dad.

Cette comédie grinçante met en scène une situation incongrue et des personnages plus névrosés les uns que les autres et pourtant d’une humanité pathétique. Dans la famille il y a le père, Dad, cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident de voiture, qui autrefois jouait les sosies d’Elvis Presley dont il lui reste la mèche de cheveux façon houppette démesurée ; il y a la mère, anorexique, alcoolique et nymphomane qui ne supporte pas son légume de mari et s’envoie en l’air avec un pauvre gars, ouvrier pâtissier de son état qui, en toute naïveté, n’hésite pas à culbuter la mère mais aussi la fille ; et enfin la fille, adolescente boulimique en conflit perpétuel avec sa mère mais qui fait preuve de plus de maturité et de bon sens que celle-ci. Leurs relations orageuses virent à l’hystérie tandis que le clone d’Elvis, de temps à autre, se lève de son fauteuil pour pousser la romance ou le rock ‘n roll.

Les comédiens sont tous les quatre formidables. Marie Payen en midinette à la chevelure blonde péroxydée est parfaite dans le rôle de la mère défaillante, le jeune homme qui finit par quitter les lieux, convaincu de leur malfaisance, non sans avoir au préalable offert par charité au paralytique qu’il vient de cocufier sa minute d’extase sexuelle, est justement interprété par Matthieu Cruciani ; Cécile Bournay impressionne par sa capacité à se glisser dans la peau de l’ado mal dans son corps et sa tête, la bouille fermée par une perpétuelle colère rentrée, la tête enfoncée dans les épaules, les cheveux violets et le jogging rose. Pierre Maillet, co-fondateur avec Marcial Di Fonzo Bo du théâtre des Lucioles, joue Dad-Elvis et met en scène avec justesse cette comédie dans laquelle l’auteur pousse le cynisme jusqu’à imaginer une fin heureuse complètement improbable.

La scénographie ingénieuse de Marc Lainé est construite sur deux niveaux : à l’avant-scène la cuisine et en loggia, comme un appartement en plan de coupe, le salon ; à jardin, l’ascenseur qui transporte le paralytique fait le lien entre les deux niveaux. Très efficace, la scénographie participe activement de la dynamique du spectacle. La mise en scène de Pierre Maillet qui conjugue situation trash et sensibilité, et le talent des comédiens exaspèrent l’extravagance et le tranchant de ce texte qui ne craint aucun excès tout en soulignant l’enfermement de ces personnages solitaires et malheureux et le désarroi d’une adolescente qui tente de se construire au milieu du chaos et s’étonne : "La vie, c’est un truc bizarre, non ?". On rit beaucoup mais on pourrait tout aussi bien en pleurer.

La Cuisine d’Elvis de Lee Hall, traduction Louis-Charles Sirjacq et Frédérique Revuz. Mise en scène Pierre Maillet. Scénographie, Marc Lainé ; costumes, Zouzou Leyens ; lumières, Brunol Marsol ; son, Pierre Routin. Avec Cécile Bournay, Pierre Maillet, Matthieu Cruciani, Marie Payen. Au théâtre du Rond-Point jusqu’au 27 novembre à 21h. Durée : 1h40. Rés : 01 44 95 98 21.

Texte publié aux éditions de L’Arche

Photo Sonia Barcet

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