Paris, Studio-théâtre de la Comédie-Française

La Critique de l’Ecole des femmes de Molière

Ce qui s’appelle bien envoyé

La Critique de l'Ecole des femmes de Molière

Sans aucun doute La Critique de l’Ecole des femmes tient la route toute seule et la présenter, indépendamment de la pièce qui en est l’objet, lui confère une portée encore plus grande. Au-delà de la riposte conjoncturelle, on y entend les principes qui régissent le théâtre de Molière. Ecrire une pièce pour répondre à la volée de bois vert reçu à propos de L’Ecole des femmes au lieu d’une énième préface, c’est refuser de se justifier et accorder à l’écriture théâtrale le pouvoir d’une arme dotée d’une véritable force de frappe. Du même coup, Molière prend de l’altitude par rapport aux petits marquis cancaniers en jouant en virtuose de son art.

Il met en scène les deux partis, et, avec une brillante mauvaise foi, attribue des arguments solides à ceux qui le défendent et tourne en ridicule ses détracteurs. A leur tête, menant la charge, Climène se pâme toutes les cinq secondes à l’évocation des supposées « obscénités » qui souillent ses oreilles. Elsa Lepoivre est irrésistible en prude hautaine et enturbannée, le chemisier un rien trop échancré pour tant de pudibonderie, s’éventant nerveusement et ostensiblement avec sa trop voyante paire de gants rouges. De son côté Le marquis, Serge Bagdassarian tout en sobriété coite, et le méchant poète, porte-parole médiocre des fâcheux auquel Christian Heck ne laisse aucune chance dès l’entrée, avec son K way bleu, sa grande besace en travers du corps, et ses péroraisons prétentieuses. Et pour défendre Molière, Uranie la tempérante que Clotilde de Bayser joue avec finesse et le Chevalier, interprété avec fougue par Loïc Corbery, qui défend le non respect des règles classiques et admet pour seul critère le plaisir du public. Tous prennent clairement partie, sauf Elise qui semble tourner sa veste mais dont on ne sait si elle le fait pour mettre du sel dans le débat ou par conviction. Georgia Scalliet, qu’on avait découvert pour la première fois à la Comédie-Française dans Les Trois Sœurs mise en scène par Alain Françon, cultive un air de s’amuser de la situation, de manipuler avec une tranquille assurance tout ce petit monde, de jouer les impertinentes assez bien pour qu’on ne puisse jamais vraiment l’en accuser, et tout ça avec un naturel confondant, qualité commune à tous les acteurs. La scénographie d’Eric Ruf qui évoque un décor en construction (celui de L’Ecole des femmes ?) souligne la mise en abîme de la pièce, théâtre dans le théâtre. Clément Hervieu-Léger signe un spectacle réjouissant d’intelligence et de vivacité, hommage à Molière, à l’artiste engagé et à son art.

La Critique de l’Ecole des femmes de Molière, mise en scène Clément Hervieu-Léger ; scénographie d’Eric Ruf ; lumières, Bertrand Couderc ; costumes de Caroline De Vivaise, son Jean-Luc Ristord, arrangements musicaux Pascal Sangla. Avec Clotilde de Bayser, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Christian Hecq, Georgia Scalliet, Jeremy Lopez.

Au studio-théâtre de la Comédie-Française jusqu’au 6 mars. Durée : 1 heure. Téléphone : 08 25 10 16 80
www.comedie-francaise.fr

Photo Brigitte Enguérand

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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