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Critiques / Autres Scènes

Là, Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias

par Noël Tinazzi

Couple lunaire avec corbeau

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Théâtre, danse, cirque, opéra, performance plastique ... il y a de tout cela un peu dans , créé en 2018 au Festival Montpellier danse, qui passe par Paris aux Bouffes du Nord jusqu’à début mars. Totalement inédit mais bien dans la lignée des productions de la Compagnie franco-catalane de cirque et de spectacle vivant Baro d’evel, qui a vu le jour en 2001 en région toulousaine, le spectacle mêle le mouvement, l’acrobatie, la voix, la musique, la matière. Avec pour marque de fabrique l’incorporation d’animaux. En l’occurrence, un corbeau-pie (donc noir et blanc, détail d’importance car il n’est pas tout noir comme les oiseaux de malheur), le seul personnage à être doté d’un prénom : Gus, dont la présence intermittente, mi-comique, mi-fantastique vient apporter une note d’étrangeté supplémentaire à la pièce qui n’en manque pas.

est le premier volet d’un diptyque, un prologue de Falaise, qui lui fait suite. La pièce voudrait répondre à cette question « Que reste-t-il quand on a tout enlevé ? », posée dans la note d’intention par Barbara Métais-Chastanier qui a conçu la dramaturgie. Et de répondre immédiatement : « Il reste le blanc sans doute ». Plutôt que de représentation, le collectif préfère parler de « cérémonie » qui convie plusieurs disciplines et types de servants pour fabriquer un spectacle qui emmène le spectateur dans un « labyrinthe intérieur ». Merci pour la précision qui permet d’entrevoir le propos de ce spectacle court (1h10) pratiquement sans paroles voire sans signification. A fortiori sans message. Juste des sons plus ou moins articulés, des cris, des interjections, des onomatopées fortement sonorisés.

Rêve éveillé

Chacun à leur manière, avec leurs aptitudes propres et beaucoup de travail, les deux protagonistes (plus le corbeau) vont s’embarquer dans cet effacement des genres (dans tous les sens du terme) qui se présente comme un rêve éveillé. Elle, Camille Decourtye, avec sa double formation de voltigeuse à cheval et de chanteuse lyrique qui, de sa belle voix de soprano dramatique, reprend deci delà le fameux air de Didon et Énée, de Purcell, "When I am laid in earth..." , sorte de leitmotiv à pièce. Lui, Blaï Mateu Trias, formé aux arts du cirque, apparaît sur scène en premier, avec ses airs de Pierrot costaud, sorte d’Adam porteur d’un texte (un message ?) écrit sur un bout de papier que le corbeau va s’employer à déchiqueter menu.

Le plateau des Bouffes du Nord est délimité par trois hauts murs-cloisons d’un blanc immaculé qui forment une sorte de cage en forme de trapèze. Les deux personnages pénètrent sur scène et en sortent en se frayant un passage à travers l’une de ces cloisons qui se fissure lentement sous leur poussée, opération qui ne se fait pas sans mal et dont ils sortent tout poudrés de blanc. Allégorie de la naissance puis de la mort ? Sans doute mais on ne le jurerait pas tant les points d’interrogation sont nombreux dans cette pièce.

Ce qui semble sûr, en revanche, c’est que tous ces déchirements, ces étreintes, ces pas-de-deux, ces évitements/enlacements entre les deux personnages qui sont mis en scène ensuite nous apparaissent comme des modes de partage de la solitude. Cette dialectique cérébrale mais aussi physique débouche sur l’effacement de la couche blanche de peinture qui recouvre les parois, opération qui se fait avec les mains, le dos, le micro, n’importe quoi. Si bien qu’apparaissent peu à peu des motifs en noir qu’on dirait de paysage chinois. Épilogue que l’on ressent comme une forme sublimation.

Là, avec Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias, et le corbeau-pie Gus, aux Bouffes du Nord jusqu’au 5 mars, www.bouffesdunord.com. Collaboration à la mise en scène : Maria Muñoz– Pep Ramis / Mal Pelo. Collaboration à la dramaturgie : Barbara Métais-Chastanier. Scénographie : Lluc Castells assisté de Mercè Lucchetti. Collaboration musicale et création sonore : Fanny Thollot. Création lumières : Adèle Grépinet. Création costumes : Céline Sathal.
Tournée :
les 25 et 26 mars 2022 au Prato, Lille,
du 8 au 11 juin au Teatro Matadero, Madrid, Espagne,
du 22 juin au 2 juillet au Théâtre Garonne avec le Théâtredelacité, CDN, Toulouse
A l’occasion de ses vingt ans, la Compagnie Baro d’evel publie un livre d’entretiens, photos et visuels, qui revient sur les différentes œuvres qui ont jalonné son histoire. Disponible en ligne et en vente à l’issue des représentations, format : 24,5 x 24,5 cm /352 pages / 45€
Photo François Passererini

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