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Critiques / Théâtre

LA VILLE de Martin Crimp

par Jean Chollet

Entre fiction et réalité

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Une maison avec jardin située au cœur d’une ville, abrite un couple middle class avec deux enfants. Sa journée de travail accomplie, Christopher (André Marcon) retrouve son épouse Claire (Marianne Denicourt), traductrice, dont les aspirations à l’écriture n’arrivent pas à combler le vide existentiel qui l’habite. Entre l’ordinaire de son quotidien et de sa vie conjugale, la jeune femme butte sur un accomplissement littéraire. Elle se construit une ville intérieure, où imagination, fantasmes et fascination, croisent des références fragmentaires de la réalité ambiante pour tenter de faire vivre ses personnages romanesques. L’intervention d’une voisine singulière et inquiétante, Jenny, (Hélène Alexandridis) puis d’une fillette de dix ans qui lui ressemble (Janaïna Suaudeau), contribuant à ouvrir de nouvelles brèches dans les frontières entre réel et imaginaire, au cœur d’un univers où bruissent d’inquiétantes menaces de violences sociales et terroristes. C’est dans ce chassé-croisé entre réalité et fiction que se situe cette pièce du dramaturge britannique quinquagénaire, Martin Crimp, qui compte parmi les auteurs contemporains vivants les plus représentés aujourd’hui sur les scènes européennes. Sous l’expression d’une banalité aux colorations ludiques et ironiques ménageant une part de suspense et de mystère, les questionnements soulevés par les processus de l’écriture sont au centre d’un cheminement qui interroge aussi l’authenticité de la condition humaine. Autant d’enjeux véhiculés par l’écriture de Crimp, dont la forme et le rythme élaborent les ressorts d’une dramaturgie issue en premier lieu du langage, dont les variations et les tonalités ouvrent sur des territoires intimes face aux dérives d’une société oppressante. Pour sa troisième rencontre avec l’auteur (Face au mur et Cas d’urgence plus rare en 2004 au Théâtre national de Chaillot), le metteur en scène Marc Paquien orchestre avec précision et finesse cette partition littéraire, qui bénéficie de la traduction de Philippe Djian, dont on connaît l’appétence pour les mots. La représentation trouve un subtil équilibre dans le dosage et la fusion de ses différents composants. Notamment dans les variations et les nuances d’une interprétation cohérente et sans faille, qui trouve un écho adapté dans l’esthétique abstraite de la scénographie. Sous les lumière de Roberto Venturi, la transparence ponctuelle de l’espace clos, conçu par Gérard Didier, conforte le climat ambivalent et troublant de la pièce. Une traversée urbaine hors du commun.

La Ville de Martin Crimp, mise en scène Marc Paquien, avec Hélène Alexandridis, Marianne Denicourt, André Marcon, Janaïna Suaudeau, décor Gérard Didier, lumières Roberto Venturi, costumes Claire Risterucci. Théâtre des Abbesses jusqu’au 13 février 2009. Comédie de Picardie, Amiens du 17 au 21 février, L’Avant-Seine, Colombes, le 7 mars, TNBA, Bordeaux, les 12 et 13 mars 2009. Théâtre du Nord, Lille, 17 au 21 mars, La Coursive, La Rochelle les 24 et 25 mars, Théâtre de l’Olivier, Istres, le 28 mars. Grand T, Nantes, du 2 au 4 avril. Durée : 1 heure 30.

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