Paris-Théâtre de la colline jusqu’au 14 décembre 2008
L’échange de Paul Claudel
Passsions en clairs-obscurs

Dans cette pièce de jeunesse écrite à 25 ans alors qu’il était en poste en Amérique comme vice-consul, Claudel semble poursuivre une expérimentation in vivo. Louis Laine (Jérémie Lippmann et sa femme Marthe (Julie Nathan) sont venus, tout juste mariés, s’installer en Amérique. Ils gardent la propriété d’un millionnaire, Thomas Pollock Nageoire (Alain Libolt) et de son épouse, Lechy Elbernon (Nathalie Richard). Peut-être par distraction, pour tromper son ennui, ou parce que cette actrice excentrique est un peu folle, elle vient exhiber sa beauté insolente, ses robes bain de soleil et ses grands chapeaux, du côté de la maison des gardiens. Il lui est facile d’abuser de son pouvoir de séduction, du pouvoir que lui donne son rang social et son argent. Bien vite elle ensorcelle le jeune homme et, pour faire bonne mesure, son cow boy de mari propose, contre de l’argent, de s’occuper de la jeune Marthe. La descente aux enfers est assurée. La jeune fille, pure et innocente, est la spectatrice de ce désastre qui évidemment tournera mal. Elle voit son amour bafoué, son mari captif de cette sirène dans laquelle il croit voir sa liberté. Un tableau des relations humaines et amoureuses d’une noirceur désespérante interprétée par un quatuor d’acteurs talentueux. Spécialement la jeune Julie Nathan qui rend toute la poésie minérale, brute de la langue de Claudel, loin de la scansion lyrique qu’elle suscite souvent et qui noie les accents si variés d’une écriture qui tient parfois d’un paysage, d’un chant, d’une psalmodie douloureuse et physique. Julie Nathan porte haut le verbe claudélien en l’ancrant profondément dans son ventre, dans ses tripes, et ceci avec une douceur impavide. Dans ce naufrage, elle est une fragile vigie sur cette côte déserte et nue, à l’image des personnages. Après une mise en scène éblouissante du Partage de midi à la Comédie-Française avec Marina Hands, Yves Beaunesne, aussi à l’aise avec Maeterlinck (La Princesse Maleine, 2001) ou John Ford (Dommage qu’elle soit une putain, 2006), confirme une véritable empathie avec Claudel dans une mise en scène en clairs-obscurs, d’une sobriété tendue d’austérité.
L’Echange de Paul Claudel, mise en scène Yves Beaunesne, scénographie Damien Caille-Perret, avec Nathalie Richard, Alain Libolt, Julie Nathan, Jérémie Lippmann au Théâtre de la Colline du 12 novembre au 14 décembre 2008, du mercredi au samedi à 20h30, mardi à 19h, dimanche à 15h30. 01 44 62 52 52. durée : 2heures.
crédit photo : Guy Delahaye



![Zoé [et maintenant les vivants]](local/cache-vignettes/L400xH600/231004_rdl_0289-32aba.jpg?1727881100)