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Critiques / Opéra & Classique

L’Orfeo de Claudio Monteverdi

par Jaime Estapà i Argemí

Le centre culturel de rencontre d’Ambronay fête ses 20 ans

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L’Académie baroque européenne d’Ambronay a soufflé sa 20ème bougie en s’offrant un riche programme baroque dont la production de L’Orfeo, la « favola in musica » de Claudio Monteverdi (1607), aura été le point culminant. La décision de l’Académie a été courageuse tant les difficultés de la production de cette œuvre sont considérables : à l’exception du chef Leonardo García Alarcón et de Fernando Guimarães dans le rôle-titre, les artistes étaient tous en cours de formation.

La production ambrunoise de L’Orfeo a été présentée à Bourg-en Bresse, Bruxelles et Saint-Etienne et a terminé sa tournée dans le cadre féérique – en blanc et or- du théâtre de l’Opéra de Vichy. Comme on pouvait s’y attendre, elle se détache de toutes les autres productions - sans doute plus riches, et même plus professionnelles -, par l’enthousiasme et l’envie de bien faire typiques de la jeunesse. Leonardo García Alarcón et Fernando Guimarães ont néanmoins évité les éventuels débordements des participants à l’aventure (Il faut toujours se méfier des "préprofessionnels") ; la troupe, sûre d’elle, bien maitrisée, a gardé le cap en toute circonstance.

Une mise en scène qui évite les erreurs des confrères consacrés mais pas ceux de la jeunesse

Tout comme Giorgio Barberio Corsetti à Lille et au Châtelet (voir la critique de Caroline Alexander 926du 19 mai 2006), Laurent Brethome, qui signe ici sa première mise en scène d’opéra, a voulu éviter les conventions liées aux personnages et aux lieux de la « favola », pour mieux faire comprendre la situation dramatique au public actuel, éloigné des références du genre pastoral. Dans le décor de Rudy Sabounghi, les bergers bucoliques ont donc été substitués par des noctambules alcoolisés, et la fraîcheur des prés et les clapotis des eaux cristallines par les quatre murs mal repeints d’une discothèque de troisième zone, la musique de Claudio Monteverdi se prêtant tant bien que mal à ce tour de passe-passe.

A la différence cependant de Giorgio Barberio Corsetti, Laurent Brethome n’a pas trop insisté sur l’identité du lieu et, dès l’arrivée de « la messaggiera » - excellente interprétation d’Angelica Monje Torres -, il a jugé bon de nous transporter dans un monde, étrange, obscur, autre, aux volumes imprécis et aux éclairages inattendus (David Debrinay), évitant ainsi « la transposition radicale qui invariablement butte…sur un obstacle récalcitrant, un détail qui est de son époque et qui ne veut ni ne peut en sortir… »

S’il a évité intelligemment ce piège, le jeune metteur en scène est tombé cependant dans un autre : celui qui consiste à juxtaposer deux fins contradictoires, l’une imaginée par le compositeur et l’autre imposée par le Duc de Mantoue, commanditaire de l’œuvre. On a donc eu droit à la fois à la montée au ciel d’Orfeo conduit par Apollon et à la curée du même Orfeo (coupable de propos misogynes), déchiré par les Ménades, furies au service de Dionysos. Même si la danse du ballet céleste, une « moresca », contient des réminiscences du final tragique, le résultat est déroutant, autant pour le public averti que pour les néophytes. On ne comprend pas pourquoi le protagoniste doit subir une mort aussi atroce après avoir reçu la bénédiction d’Apollon.

Une fosse exemplaire en support solide à une partition complexe

Le chef argentin Leonardo García Alarcón a pu dévoiler la personnalité de son orchestre - répétons-le, composée de très jeunes musiciens - dès la tonitruante ouverture de l’opéra. Le public aura sûrement apprécié l’audace des attaques de la batterie et des métaux, la douceur mais aussi la force des cordes, l’onctuosité des bois, principaux porteurs des mélodies et donc de l’essentiel des sentiments des personnages, ainsi que la discrète omniprésence de l’orgue et du clavecin. Une formation en somme très complexe, avec de nombreux instruments spécifiques du genre et de l’époque baroque tels que les sacqueboutes, les luths, la viole de gambe, la lirone ou encore la dulciane, au service d’une musique agréable et facile à déguster. Leonardo García Alarcón, vrai responsable du succès de la soirée, a gardé à tout moment le contrôle de ses trente musiciens, des solistes et du chœur.

Une distribution jeune, cohérente, bien menée par Fernando Guimarães.

Mais c’est grâce à la remarquable distribution des voix sur scène que la représentation a montré toutes les qualités des élèves de l’Académie d’Ambronay. Non pas que ces artistes n’aient montré aucune faille - les points faibles ont été sûrement plus nombreux que ceux de la fosse ou même du chœur -, mais ils ont été cohérents, et chacun a su surmonter les moments cruciaux et vocalement difficiles de son personnage. Citons les récitatifs intelligibles, dits avec panache, détermination, et sans la moindre hésitation. Certes les chanteurs ont été bien protégés par Fernando Guimarães, ténor rompu à l’exercice, qui a montré une nouvelle fois ses qualités vocales et dramatiques, mais ils ont tous répondu présent lorsque la partition les a laissés seuls devant la public : Anjelica Monje Torres, déjà citée, a fait un récit émouvant de la mort d’Eurydice, Reut Ventorero a incarné une Eurydice candide et touchante, Yannis François nous a convaincus en Pluton caverneux, terrible, et Iosu Yeregui, le passeur Charon dans sa barque, n’a pas eu de pitié pour l’amoureux transi. Francesca Aspromonte, la Musique, a offert quelques moments d’une espièglerie bon enfant contrastant avec le calme de Cecilia Mazzufero – l’Espérance - ou la désinvolture quelque peu osée de Claire Bournez dans le rôle de Proserpine l’épouse de Pluton.

Saluons la performance du chœur, présent, uni, précis et remarqué à chaque intervention. Un bel atout de la production.


L’Orfeo, « favola in musica », de Claudio Monteverdi, livret d’Alessandro Striggio inspiré des “Métamorphoses” d’Ovide. Direction musicale Leonardo García Alarcón. Mise en scène Laurent Brethome, scénographie Rudy Sabounghi, costumes Marie-Frédérique Fillon. Avec Fernando Guimarães (Orfeo) et Solistes, Chœur et Orchestre de la 20ème Académie baroque européenne D’Ambronay. Avec Francesca Aspromonte, Reut Ventorero, Anjelica Monje Torres, Cecilia Mazzufero, Iosu Yeregui, Claire Bournez, Yannis François, Riccardo Pisani...

Coproduction Centre Culturel d’Ambronay, Théâtre de Bourg en Bresse, Opéra Théâtre de Saint Etienne, Opéra de Reims

www.opera-vichy.com
billeterie.opera ville-vichy.fr
+33 (0)4 70 30 50 30

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