Paris, Théâtre du Rond-point

L’Enterrement (Festen...la suite)

Vinterberg en panne

L'Enterrement (Festen...la suite)

EN 1998, le film danois Festen de Thomas Vinterberg, co-écrit par Mogens Rukov, avait fait l’effet d’une bombe artistique, par son sujet, la qualité de la réalisation et parce qu’il était le premier représentant de Dogme95 lancé avec Lars Von Triers. En deux mots, ce mouvement avait pour objectif de résister aux superproductions anglo-saxonnes par l’instauration de dix dogmes propres à définir un cinéma d’auteur exigeant. Festen mettait en scène une fête de famille qui tourne au règlement de compte familial avec la figure du père, bonhomme charismatique qui a détruit ses enfants par ses comportements pédophiles. Ambiance ! Le film était un véritable coup de poing à l’estomac et la transposition théâtrale astucieuse qu’en avait fait Daniel Benoin en 2002 ne déméritait pas par rapport à l’original. En 2010, Vintenberg a donné une suite qu’il a mise en scène. Daniel Benoin ne pouvait pas ne pas s’intéresser à cet Enterrement (Festen…la suite).

Malheureusement l’expérience tendrait à démontrer qu’un miracle n’est pas reproductible. Car Festen tenait du miracle artistique, fruit de cette alchimie indéchiffrable qui fait le grand art. Il est surprenant que Vintenberg et Rukov ne se soient pas méfiés du principe des suites et séries (Festen le retour 1, 2, etc.) affectionné par l’industrie cinématographique. Voilà le père mort. Le repas familial qui suit l’enterrement est le théâtre d’un psychodrame attendu. A la faveur d’une panne d’électricité de quelques minutes, l’irréparable a lieu, l’histoire se répète, les membres de la famille se déchirent, le drame advient. Outre le point de vue facile et discutable, on est frappé par la légèreté du traitement simpliste, voire désinvolte, qui fait d’un sujet aussi grave un vulgaire fait divers quand il y avait de quoi écrire une véritable tragédie moderne. Les personnages, qui manquent singulièrement d’épaisseur, n’ont pas évolué depuis Festen et n’évoluent pas au cours de la pièce. Les acteurs ont bien du mérite à les faire exister et à jouer certaines scènes qui manquent totalement de crédibilité d’autant plus que la mise en scène accentue le côté artificiel de la pièce par une fausse théâtralité outrancière.

L’Enterrement (Festen…la suite) de Thomas Vinterberg et Mogens Rukov, texte français, mise en scène et lumières Daniel Benoin. Costumes Nathalie Bérard-Benoin ; décor, Daniel Benoin, Jean-Pierre Laporte. Avec Pierre Cassignard, Paul Chariéras, Mélanie Doutey, Dominique Labourier, Samuel Le Bihan, Mathilda May, Caroline Proust ; en alternance Charles Benoin, Maxime Combes, Martin Rompteaux et la collaboration de François Marthouret. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 10 novembre, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h. Durée : 1h50. Tel : 01 44 95 98 21.
© Alain Hanel

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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1 Message

  • L’Enterrement (Festen...la suite) 20 décembre 2012 15:03, par solange Couderc

    bonsoir,
    j’ai parlé avec des amis de l’enterrement (festen.... la suite)
    et eux aussi souhaitent voir la pièce
    malheureusement elle c’est terminé sur lyon le 16 12 2012
    pouvez-vous me donner d’autres lieux, d’autres dates
    cordialement

    solange couderc

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