Paris, Théâtre du Lucernaire

Karl Marx, le retour d’Howard Zinn

Sauver Marx

Karl Marx, le retour d'Howard Zinn

Imaginons que Karl Marx revienne sur terre en 2010. Comment jugerait-il notre société confite dans le capitalisme dont il avait annoncé la mort prématurément, ce dont il convient ? … car, en effet, le voici parmi nous, par la volonté de son auteur et de Dieu qui lui a accordé une heure (Jésus n’était pas libre…) pour retourner sur terre nous donner une petite leçon de philosophie post mortem. C’est le très sérieux historien américain Howard Zinn, professeur émérite de l’université de Boston, à qui l’on doit une admirable Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, qui a eu cette idée qui n’est pas tout à fait une blague. Ainsi, il donne une chance à Marx de remettre les pendules à l’heure, de dénoncer les dérives qui l’ont fait assimiler à Staline et aux crimes des communistes de l’URSS. D’ailleurs, Karl se défend d’être marxiste. Il en profite pour remettre le couvert sur la religion instrumentalisée par le pouvoir, sur les conséquences tragiques de la spéculation et du profit pour le profit, sur les méfaits du progrès qui rend les gens étrangers à eux-mêmes. Comme si on y était ! Derrière l’économiste et le philosophe, on découvre un homme animé d’une saine colère qui se chamaillait avec Bakounine et évoque la Commune de Paris avec émotion, qui tirait le diable par la queue dans le quartier londonien de Soho où il vivait avec sa femme. Engels, dont la famille était aisée, payait ses dettes, ce qui fait dire à Marx désabusé que le capitalisme les a sauvés. D’ailleurs, par erreur, ou par malice, Dieu l’a envoyé au Soho de New-York, lui pour qui l’Amérique représentait le pire démon. Sous la plume de Zinn, notre société vue avec les yeux de Marx donne raison à ses analyses, cent ans plus tard. Certes, les répliques flirtent parfois avec la facilité du bon mot, certes, la mise en scène aurait gagné à plus de rigueur et d’originalité, mais Emile Salvador campe un Marx inattendu, familier et gentiment bourru. Ce spectacle, sur un mode léger et blagueur, donne corps à une hypothèse incongrue qu’on a tous distraitement évoquée un jour ou l’autre et met en perspective un point de vue singulièrement d’actualité.

Karl Marx le retour, d’Howard Zimm, traduction Thierry Discepolo, mise en scène Christian Fregnet, scénographie et costume : Marie-Sol Camus. Avec Emile Salvador. Au théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30. Tel : 01 45 44 57 34. Durée : 1heure 15.

© Tita Montserrat

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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