Paris, théâtre de la Tempête jusqu’au 21 février 2010

Journée de noces chez les Cromagnons de Wajdi Mouawad

Rêver pour ne pas mourir

Journée de noces chez les Cromagnons de Wajdi Mouawad

Que la première pièce de Wajdi Mouawad se situe en pleine guerre du Liban n’a rien pour étonner. Installé depuis longtemps au Québec, il a gardé fichée dans le cœur son enfance bouleversée par le malheur. Depuis, de pièce en pièce, il n’est question que d’identité, d’exil et de la violence de la guerre. Par l’écriture, il a su si bien transcender l’émotion et la pensée que le terreau biographique s’est dissous dans une poésie tragique, et parfois burlesque, universelle. Ce qu’il y a de touchant avec cette Journée de noces chez les Cromagnons c’est qu’on a l’impression de remonter à la source de cette écriture ample comme on le dit d’une respiration qui déploie les grands mouvements de Littoral, Incendies et Forêts. Cette première pièce prend la guerre à bras-le-corps mais déjà avec distance. Il ne s’agit pas d’une chronique familiale pendant la guerre. Préparer un mariage sous les bombes c’est déjà faire preuve d’une belle énergie vitale, surtout avec une fiancée frappée de narcolepsie (une façon efficace d’échapper au réel) et un fiancé européen plus qu’hypothétique. Dans un appartement dévasté (scénographie poético-réaliste de Lisa Ternon), malgré les explosions incessantes, on fait comme si tout allait bien ; on invite le voisinage, on prévoit de cuir le gigot quand l’électricité voudra bien revenir. Il faut y croire pour ne pas mourir. Le combat est partout. Les moments de découragement ne manquent pas, la violence contenue surgit et frappe l’autre comme une balle en plein cœur. Quand à la fin surgit le prince charmant on est soulagé, tout le monde est sauvé… par l’imagination et la poésie, par les forces de la vie. Pour sa première mise en scène, Mylène Bonnet, qu’on a pu voir jouer entre autres, sous la direction de Philippe Adrien ou de Jean-Michel Ribes, touche juste. Elle a fait un choix de distribution judicieux : Chantal Trichet (la mère), Patrick Paroux (le père), Céline Chéenne (la fille), Xavier Cléon (le fils aîné), Philippe Canales (le fils cadet), Sabrina Baldassarra (une voisine). Les comédiens jouent les funambules sur le fil de ce texte écrit à la manière d’un conte et pourtant furieusement ancré dans la réalité. Et si le trait est parfois appuyé c’est que les personnages surjouent leur rôle pour faire taire les bombes. Mylène Bonnet signe une mise en scène intelligente et sensible qui assume les quelques imperfections de ce texte de jeunesse. Son enfance passée au Liban n’est peut-être pas étrangère à ses affinités avec l’univers de Wajdi Mouawad.

Journée de noces chez les Cromagnons de Wajdi Mouawad, mise en scène Mylène Bonnet avec Chantal Trichet, Patrick Paroux, Céline Chéenne, Xavier Cléon, Philippe Canales, Sabrina Baldassarra. Au théâtre de la Tempête, du mardi au samedi à 20h, dimanche 16h30. Tel : 01 43 28 36 36.Jusqu’au 21 février. Durée : 1h40.

photo : Carlo Bozzi

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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