Accueil > Ivanov d’Anton Tchékhov

Critiques / Théâtre

Ivanov d’Anton Tchékhov

par Corinne Denailles

Christian Benedetti poursuit son projet de mise en scène de l’intégrale de l’oeuvre

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Propriétaire terrien en décrépitude, Ivanov aurait épousé une femme juive pour sa dot. Malheureusement cette alliance obligera Anna Petrovna à rompre avec sa famille dont elle n’obtiendra pas un sou ; quand elle tombera malade, Ivanov, qui ne l’aime plus ou ne l’a jamais aimée, la laissera mourir de phtisie sans sourciller, au grand dam du médecin, épris de la dame. Déprimé, taciturne, Ivanov est la proie d’une mélancolie mortifère qui anéantit ses velléités d’action. Il a abandonné la direction de la propriété aux mains de Borkine un parent lointain dirige plus ou moins la propriété ; Benedetti en fait un grand gaillard grossier de manières, grande gueule qui invente mille idées à la seconde pour gagner de l’argent.
Curieusement, la jeune Sacha, fille de son riche ami Lebedev, est follement amoureuse de cet homme terne, asthénique, largement son aîné. La maison de Lebedev est typique d’une petite bourgeoisie à l’esprit étroit et près du bonnet. On joue aux cartes, on boit beaucoup, on cancane gaiement. On dit tout le mal qu’on peut d’Ivanov. Pourtant le personnage est plus complexe qu’il y paraît. Un an après le décès de son épouse, il laisse dire qu’il va épouser Sacha pour son argent, or, quelques minutes avant la célébration du mariage il tente de convaincre la jeune fille de renoncer à cette folie mais elle ne veut pas entendre raison. C’est comme si au terme de la représentation Ivanov, était arrivé au bout de lui-même ; il s’éteint en silence sans que personne n’y prenne garde. Et l’on comprend que si les ragots sur son compte n’étaient que l’écume des choses, ils ont contribué à sa mort.

Christian Benedetti a choisi la première version de cette pièce (1887) que Tchékhov, suite aux critiques, a dû réécrire plusieurs fois et fit un drame de la comédie originelle, d’une facture moins complexe que la première mouture plus riche et plus audible par le public d’aujourd’hui. Le metteur en scène a jugé bon de retraduire la pièce ; pourquoi pas, mais il ne paraissait pas indispensable d’y insérer des formules triviales toutes contemporaines ou d’affubler un personnage du surnom anachronique de Zézette, qui évoque plus Le Père Noël est une ordure que l’univers de Tchékhov. Les choix de direction d’acteurs ne convainquent guère ; les comédiens incarnent des stéréotypes invariants du début à la fin de la représentation ; un parti pris qui ne devrait pas exclure la nuance. D’où qu’on le regarde, on se demande comment Sacha peut être folle de cet Ivanov atone, sauf à envisager une lecture psychanalytique.
La déconstruction du décor au fil du spectacle fait écho à la dégradation du personnage d’Ivanov, un procédé intéressant mais dont la mise en œuvre très technique, sa manière ostensible de surligner que nous sommes au théâtre donne à l’intention une place démesurée. Les arrêts sur image illustrant le temps qui ne passe pas finissent par faire système et on perd de vue le sens de cette suspension temporelle. Benedetti, comme toujours, privilégie la structure à la fable, le théâtre en train de se faire à la catharsis. Une démarche intéressante qui cependant montre ici ses limites.

Ivanov d’Anton Tchékhov, traduction Brigitte Barilley, Christian Benedetti, Laurent Huon. Avec Vincent Ozanon, Anna Petrovna, Philippe Lebas , Philippe Crubézy, Brigitte Barilley, Alix Riemer, Yuriy Zavalnyouk, Lise Que, Nicolas Buchoux, Christian Benedetti, Antoine Amblard, Martine Vandeville, Alex Mesnil ; avec les musiciens Élisa Huteau, Hugues Chabert. Scénographie, Christian Benedetti, Emma Depoid ; lumière Dominique Fortin. Au théâtre de l’Athénée jusqu’au 1er décembre à 20h. Durée : 1h50. Résa : 01 53 05 19 19.

© Simon Gosselin

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.