Italienne, scène de Jean-François Sivadier

L’opéra côté coulisses

Italienne, scène de Jean-François Sivadier

Au théâtre on appelle « italienne » une répétition où les artistes disent le texte le plus rapidement possible, sans préoccupation du sens, pour en fixer la mémorisation. Jean-François Sivadier a écrit deux textes, Italienne scène, et Italienne, scène et orchestre, qui nous font pénétrer dans l’univers de l’opéra côté coulisses. La mise en scène de La Traviata de Verdi se révèle un calvaire dont chaque station est l’occasion de scènes ubuesques. Le pauvre metteur en scène, qui ne sait plus où il va, doit répéter sans la diva qui ne viendra qu’à la dernière minute. Elle est doublée par l’assistante, plus qualifiée pour gérer le planning que pour interpréter Violetta. Il faut déployer toute l’énergie du monde pour cadrer le soliste, un jeune homme fat, narcissique, affreusement bavard et un rien benêt. La petite qui interprète la bonne, toujours convaincue qu’elle ne sera pas à la hauteur, est un concentré d’angoisses. Comme si tous ces problèmes ne suffisaient pas à son malheur, le metteur en scène est en conflit avec le chef d’orchestre avec lequel il se dispute les heures de répétition. Seul le chœur ne pose, en principe, pas de problème, c’est le public.

La mise en scène de Sivadier prenait le texte au pied de la lettre ; le comique naissait de la seule situation, sans recherche apparente d’effets. Victorien Robert, lui, a fait le choix radical de la comédie, voire du burlesque. On sent la recherche d’effets et les situations sont parfois surjouées, laissant un peu dans l’ombre la réflexion sur l’art et son exercice. Si la pièce y perd de sa complexité, elle y gagne en efficacité et met en valeur la force de l’écriture dramaturgique. Au fur et à mesure que la date fatidique de la première représentation approche, les problèmes se multiplient, la tension monte pour atteindre un paroxysme où chacun à leur tour les artistes craquent. Le parti pris est tenu de bout en bout par une équipe épatante de jeunes acteurs énergiques qui ont chacun un sacré tempérament. Matthieu Alexandre interprète le metteur en scène déboussolé en quête d’idées, Benjamin Brenière est le jeune soliste horriblement bavard dont les propositions de jeu désespèrent tout le monde. Elise Noiraud, formidablement expressive est douée d’un véritable tempérament de clown. Maud Ribleur est l’assistante qui double la diva et s’escrime à cadrer la troupe. Thomas Nucci doué aussi d’une belle nature comique a l’art de faire rire d’un regard appuyé ou d’un froncement de sourcil. Il est le chef d’orchestre à l’accent improbable germano-italien, autoritaire et imbu de sa personne qui terrorise le metteur en scène. Sans oublier la pianiste allemande jouée par Katia Ghanty. Cette comédie bien enlevée, récompensée par plusieurs prix bien mérités, est tout à fait réjouissante.

Italienne scène de Jean-François Sivadier, mise en scène Matthieu Alexandre ; lumières : Jennifer Montesantos ; costumes : Coralie Robert ; musique : Giuseppe Verdi. Avec Matthieu Alexandre, Benjamin Brenière, Katia Ghanty, Elise Noiraud, Thomas Nucci, Maud Ribleur. A Avignon, au théâtre des 3 soleils à 21h45. Durée : 1h30. Tel : 04 90 82 25 57.

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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