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Critiques / Théâtre

Iphigénie de Jean Racine

par Corinne Denailles

La tragédie racinienne en panne de souffle

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Ses mises en scène d’Orphelins de Dennis Kelly en 2013 ou de J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne de Jean-Luc Lagarce en 2017 étaient plutôt de belle facture en tout cas affirmaient un vrai point de vue. C’est loin d’être le cas avec cette Iphigénie. Peut-être impressionnée par le génie racinien, Chloé Dabert n’a pas su trouver un angle de lecture pertinent dans cette tragédie qui pourtant n’en manque pas. Chez Homère, la fille d’Agamemnon est sacrifiée aux dieux grecs pour obtenir que les vents soufflent et que la flotte puisse repartir à Troie récupérer Hélène, la femme de Ménélas, enlevée par le beau Troyen Pâris. Le sacrifice exigé est une punition envoyée par Artémis parce qu’Agamemnon l’a offensée. Artémis aurait remplacé Iphigénie par une biche au dernier moment et aurait fait d’Iphigénie sa prêtresse. Racine mêle deux légendes. Celle qu’on trouve dans l’Iliade et une autre version qui dit qu’Iphigénie serait la fille de Thèse et d’Hélène, abandonnée à la naissance et rebaptisée Eriphile, la jeune princesse captive d’Achille dont elle est amoureuse. Pour se venger, elle ira dénoncer au devin Calchas la fuite d’Iphigénie et de Clytemnestre et chez Racine, ce sera elle qui sera sacrifiée. Peu importe les versions, dans les deux cas se posent les questions du pouvoir supérieur, de la soumission de la fille aux volontés du père, de l’oppression et instrumentalisation des femmes, du sens du sacrifice, expression d’un caprice divin.

Malheureusement la mise en scène de Chloé Dabert est désespérément plate et les acteurs flottent, sans direction, au gré des alexandrins plus ou moins bien dits. Yann Boudraut en particulier semble complètement perdu dans le rôle d’Agamemnon auquel il prête d’étranges accents populaires. Les autres comédiens ne s’en sortent guère mieux hormis Bénédicte Cerutti, âpre Eriphile à l’âme blessée et au coeur sans concession et la jeune Victoire Du Bois qui prête à Iphigénie un air à la fois effrontée et très doux, rebelle à cette décision inique et soumise à l’autorité paternelle et aux dieux. Elle donne au personnage une certaine épaisseur que les autres comédiens ne trouvent pas. La scénographie qui a des airs de port industriel désaffecté est assez vilaine avec ces rideaux de dentelles de béton qui masquent le fond du cloître, le plus beau lieu d’Avignon ici défiguré par trois ajoncs en plastique et un mirador de tubulures sur lequel les acteurs grimpent à chaque moment fort. Les costumes n’ont rien à envier à la scénographie. Chloé Dabert est passée à côté de la pièce. On attend avec impatience la prochaine création de la toute nouvelle directrice de la Comédie de Reims qui succède à Ludovic Lagarde.

Iphigénie de Jean Racine ; mise en scène Chloé Dabert, Avec Yann Boudaud, Bénédicte Cerutti, Victoire Du Bois, Servane Ducorps, Olivier Dupuy, Sébastien Eveno, Julien Honoré, Arthur Verret. Scénographie, Pierre Nouvel ; lumières, Kelig Le Bars ; son, Lucas Lelièvre ; costumes Marie La Rocca. A Avignon, au cloître des Carmes à 22h jusqu’au 15 juillet 2018. Durée : 2h30.

©Christophe Raynaud De Lage



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