Du 12 février au 8 mars 19h, au Théâtre de L’Atelier, 1 Place Charles-Dullin 75018 Paris.

Il ne m’est jamais rien arrivé d’après Le Journal de Jean-Luc Lagarce (édit. Les Solitaires Intempestifs), adaptation et interprétation Vincent Dedienne, mise en scène, scénographie et direction d’acteur de Johanny Bert.

Humour, pudeur et crudité d’une vie comptée qui se voit vivre.

Il ne m'est jamais rien arrivé d'après Le Journal de Jean-Luc Lagarce (édit. Les Solitaires Intempestifs), adaptation et interprétation Vincent Dedienne, mise en scène, scénographie et direction d'acteur de Johanny Bert.

Les années s’égrainent à partir de mars 1977 : Jean-Luc Lagarce (1957-1995) crée sa compagnie La Roulotte à Besançon. Il note dès lors ses petits faits - impressions et réflexions - dans ce qui deviendra un Journal tenu jusqu’à ce que la maladie du Sida l’emporte et que vingt-trois cahiers soient remplis (Volume 1, 1977-1990, Volume 2, 1990-1995, Les Solitaires Intempestifs).

« Il y consigne en vrac et souvent de façon lapidaire, ses rencontres, ses amours, ses bonnes et mauvaises fortunes, ses projets d’auteur, de metteur en scène, ses succès, ses échecs, les films et les spectacles qu’il voit en expédiant certains par un laconique :« mise en scène paresseuse ». Car il a parfois la dent dure et peut se montrer féroce avec ses proches comme avec lui-même », commentait la journaliste et critique Dominique Darzacq.

Le narrateur évoque la fin du XX è siècle - l’époque où il est ancré - et notamment les morts célèbres qui ont servi de repères culturels et moraux à toute une génération de boomers actifs nés dans les années 1960 : dans le désordre, sont mentionnées la disparition de Jean-Paul Sartre, celles de Michel Foucault, de Coluche, de Delphine Seyrig, de Simone de Beauvoir, de Simone Signoret -que Lagarce disait apprécier -, de Hervé Guibert - qui habitait le XIV è comme lui-, de Bernard-Marie Koltès et de tant d’autres…

La dessinatrice au plateau, Irène Vignaud, suggère grâce à des traits blancs les visages significatifs de ces figures emblématiques, projetés sur le rideau-écran scénique, autour de la porte d’entrée où se tient le comédien Vincent Dedienne. Celui-ci prendra dans ses bras l’effigie de son ami américain malade Gary, pantin de carton maintenu debout, puis allongé délicatement.

L’interprète de cette auto-biographie lagarcienne qu’il a lui-même adaptée correspond pleinement à l’esprit et à la manière d’être et de vivre de Jean-Luc Lagarce, distant et ironique, voire sarcastique, dans cette appréhension des jours vécus, alors qu’il apprend qu’il est séropositif, ce dont il se doutait.

Pudeur, réserve et humour - éthique et esthétique -, l’acteur, fidèle à l’auteur, initie d’emblée une complicité avec le public, debout face à la salle, entier et sincère, ludique aussi dans la mise en perspective de sa douleur intime.

« Je travaille, j’écris parce que je ne m’aime pas assez et parce qu’on ne m’aime pas assez » (décembre 1985). Lagarce dit souffrir de la solitude depuis son plus jeune âge : à l’école, il était séparé des autres dont certains le harcelaient. N’être pas assez aimé : il se fait le reproche à lui-même, avouant n’avoir pas aimé suffisamment ses parents avec lesquels il communiquait bien peu, ne les prévenant que tard de son état de santé réel. Et pourtant, agacé mais satisfait aussi, il les avait accompagnés lors de leur visite parisienne de trois jours, aux Champs-Elysées, à la Tour Eiffel, au Louvre...

Sourire aux lèvres, avenant ou bien sérieux et grave, Vincent Dedienne raconte les scènes de dragues homosexuelles et de rencontres furtives, jamais dupe quant à ce qu’il recherche dans des relations qu’il dit vouloir toujours éphémères : il admet qu’il se montre quelque peu faraud et hâbleur.

Il s’apitoie avec humour : tel garçon si joli, qualificatif qui revient souvent, et le corps de cet autre aux muscles puissants - art et beauté, et raison d’être.

En tout cas, le bel éloge impérieux d’une certitude existentielle dont l’oeuvre théâtrale ne cesse de témoigner avec force, aujourd’hui et demain.

Il ne m’est jamais rien arrivé d’après Le Journal de Jean-Luc Lagarce (éditions Les Solitaires Intempestifs), adaptation et interprétation Vincent Dedienne, mise en scène, scénographie et direction d’acteur de Johanny Bert, assistante à la mise en scène Lucie Grunstein, dessinatrice au plateau
Irène Vignaud, costumes Alma Bousquet. Du 12 février au 8 mars 19h, au Théâtre de L’Atelier, 1 Place Charles-Dullin 75018 Paris. Tél : 01 46 06 49 24. Tournée au Etats-Unis en 2026. Le 24 mars New York. Le 27 mars Los Angeles. Le 31 mars Silicon Valley. Le 1er avril San Francisco.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

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Véronique Hotte

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