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Critiques / Théâtre

Hors la loi de Pauline Bureau

par Corinne Denailles

Un fait divers historique

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A l’heure où partout dans le monde le droit à l’avortement recule de manière menaçante (plus de 45000 femmes meurent chaque année des suites d’interventions clandestines, aux Etats-Unis l’IVG est interdite en Alabama même en cas d’inceste ou de viol, au Texas on veut le rendre passible de la peine de mort...), le spectacle de Pauline Bureau fait figure de lanceur d’alerte. Du vrai théâtre documentaire qui s’articule deux temps, cousant ensemble la petite et la grande histoire : le récit linéaire du fait divers et le fameux procès de Bobigny de 1972 qui s’en suivit dans lequel Gisèle Halimi a défendu avec succès Marie-Claire Chevalier, âgée alors de 16 ans, dans le box des accusés pour avoir avorté.
L’excellente Martine Chevallier est le fil conducteur du spectacle ; elle incarne Marie-Claire adulte, définitivement traumatisée par l’événement, témoin émouvant de sa propre histoire. Le décor (Emmanuelle Leroy) est celui d’une cuisine modeste, formica des années 70, une grande ouverture révèle la cour de l’immeuble, comme une scène hors champ. L’histoire a été construite à partir d’entretiens menés avec Marie-Claire Chevalier et le récit qui en est fait est presque factuel. Le viol, l’avortement par une faiseuse d’anges, la dénonciation, l’arrêt de la Marie-Claire (Claire de La Rüe du Can) considérée comme une criminelle. Puis vient le procès, dans un décor tout aussi réaliste et sobre, le bureau de l’avocate à l’arrière-plan, la barre au premier plan où vont défiler les témoins ; des proches de Marie-Claire, la faiseuse d’ange, mais aussi des personnalités publiques engagées dans le combat pour une loi autorisant l’avortement, signataires du manifeste des 343 salopes (des images de la manifestation sont projetées en fond de scène). Se succèdent, Jacques Monod (Laurent Natrella), Michel Rocard (Alexandre Pavloff), Simone de Beauvoir (Danièle Lebrun, Delphine Seyrig (Coraly Zahonero qui est aussi la mère de Marie-Claire) qui crée le malaise en rappelant qu’elle a elle-même avorté sans jamais être inquiétée. Dans cette séquence des témoins, Pauline Bureau a joué la carte de l’imitation, peut-être dans un désir d’alléger les tensions et d’introduire un peu d’humour, mais cela manque de nuances et tombe dans la caricature. En réponse au discours méprisant, glaçant des juges qui réclament des sanctions de prison, Gisèle Halimi (Françoise Gillard) se lance dans une plaidoirie brillante qui ébranle la Cour démontrant que l’accusée est une victime traitée ici indignement. A la suite de ce procès historique, en 1975, Simone Veil fera voter la loi connue aujourd’hui sous le nom de la loi Veil, autorisant l’avortement. Un théâtre documentaire didactique efficace et bien conduit qui a pour mérite de rappeler le combat de ces premières féministes qui ont ouvert la brèche de l’émancipation des femmes auquel font échos les nouveaux développements que l’on connaît et qui, du harcèlement à l’inégalité des salaires, disent la nécessité de casser le pouvoir patriarcal oppressif de nos sociétés. Le combat continue.

Hors la loi Texte et mise en scène : Pauline Bureau. Scénographie : Emmanuelle Roy. Costumes : Alice Touvet. Lumières : Bruno Brinas. Avec Martine Chevallier, Claire de La Rüe du Can, Françoise Gillard, Danièle Lebrun, Laurent Natrella, Coraly Zahonero, Alexandre Pavloff. Au théâtre du Vieux Colombier à 20h30 jusqu’au 7 juillet 2019. Résa : 01 44 39 87 00

Photo Brigitte Enguérand

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