Hofesh Shechter revient à Garnier

Le chorégraphe transmet deux nouvelles pièces au Ballet de l’Opéra de Paris. Hypnotique.

Hofesh Shechter revient à Garnier

Quatre ans après The Art of not looking back, entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris, le chorégraphe israélien, né à Jérusalem en 1975 et basé à Londres, transmet deux nouvelles pièces aux danseurs de la Compagnie. Deux œuvres de jeunesse qui remontent à une quinzaine d’année où s’affirme le style du chorégraphe : une danse énigmatique et tellurique qui oppose et/ou réunit l’individu et le groupe, avec des points-limites proches de la transe, sur une musique créée par lui-même avec des rythmes de percussions obsédants.

Pièce sur la masculinité, Uprising (2006), en partie inspirée par l’observation des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, rassemble une troupe (une meute) testostéronée de sept hommes. Sur une approche à la fois ludique et sensible du caractère masculin, la pièce, réglée sur une bande-son percutante, met en évidence les dynamiques à l’œuvre dans le groupe. On glisse de la confrontation à la fraternité, de l’amitié à la rivalité, de la tendresse à la sauvagerie, du plaisir du jeu à celui de la guerre. Si victoire finale il y a, elle apparaît dérisoire. Ce qui confère à la pièce une troublante résonance avec le contexte actuel de la guerre en Ukraine.

Démiurge bégayant

Avec un groupe plus fourni et mixte cette fois, la seconde pièce, In your rooms (2007), entraîne une douzaine de danseurs dans une chorégraphie envoûtante, tendue par l’équilibre instable entre ordre et chaos. Tel un démiurge bégayant, le chorégraphe prend la parole sous la forme d’une voix off en anglais (hélas non surtitré), une voix un peu clownesque à la Woody Allen. Un petit orchestre composé de cordes et de percussions est en lévitation dans les cintres comme sur un nuage, égrenant une musique live aux accents arabo-andalous.

Affronté au chaos originel comme le Dieu de la Genèse, le créateur tente de ne pas perdre pied mais se reprend, se corrige, s’embrouille, témoignant d’un pathétique effort pour communiquer. Les danseurs, eux, sont livrés à une forme de transe qui leur fait multiplier gestes de protestation ou de soumission. Politique, le spectacle prend l’allure d’une série de flashes fugitivement exposés à la lumière crue des projecteurs avant de replonger dans le néant dont ils sont venus.

Un chiffon rouge surgissant d’une mêlée, des poings fugitivement brandis... quelques signes clairs émergent de façon éphémère. Mais d’autres restent plus opaques, voire abscons, et nous laissent perplexe, en quête de sens. Ce qui est sûr en revanche, c’est que le spectacle d’une très grande intensité et d’une vélocité époustouflante, exige de la part de la troupe un déploiement d’énergie et de virtuosité sidérants.

« Uprising » et « In your rooms » de Hofesh Shechter, jusqu’au 3 avril 2022 à l’Opéra Garnier www.operadeparis.fr. Avec le corps de ballet de l’Opéra national de Paris. Musique et chorégraphie : Hofesh Shechter. Musique additionnelle : Vex’d. Collaboration musicale : Nell Catchpole. Lumières : Lee Curran. Costumes : Elizabeth Barker.
Photo Julien Benhamou

A propos de l'auteur
Noël Tinazzi
Noël Tinazzi

Après des études classiques de lettres (hypokhâgne et khâgne, licence) en ma bonne ville natale de Nancy, j’ai bifurqué vers le journalisme. Non sans avoir pris goût au spectacle vivant au Festival du théâtre universitaire, aux grandes heures de sa...

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