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Critiques / Opéra & Classique

Frivolités au paradis

par Noël Tinazzi

A l’Athénée, « Là-haut », opérette des Années folles, servie avec entrain par Les Frivolités parisiennes.

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"Y-a-t-il le gaz et l’eau là-haut ?". Cette question, c’est le dénommé Évariste qui la pose à Saint-Pierre en personne lorsque, fraichement débarqué du purgatoire, il arrive au paradis. Et l’air qui va avec ces paroles, immortalisé notamment par Maurice Chevalier, est un des hits de Là-haut, pompeusement et parodiquement baptisé opéra bouffe en trois actes par son compositeur, Maurice Yvain, en 1923, sur des paroles de l’inénarrable Albert Willemetz.

Ce sommet du music-hall des Années folles, qui connut en son temps un immense succès populaire, ne pouvait pas manquer d’intéresser la joyeuse troupe des Frivolités parisiennes, en résidence au Théâtre impérial de Compiègne (coproducteur du spectacle), dont c’est le cœur de répertoire, et qui fête cette année son dixième anniversaire. Le spectacle, de passage pour une semaine à l’Athénée, offre un alliage de parlé/chanté/dansé avec des airs irrésistibles qui s’impriment dans la mémoire et font un bien fou en ces temps d’angoisse multiforme et récurrente.

L’histoire, parfaitement loufoque et un rien gaillarde, conte les mésaventures du quidam Évariste Chanterelle qui débarque au paradis, pris en main par Saint-Pierre et un Ange Gardien, Frisotin, qui surveille de là-haut la vertu de sa veuve, Emma, en butte aux assiduités de son petit cousin Martel. Piqué à vif par des alertes à l’infidélité, Évariste convainc Saint-Pierre de le laisser revenir sur terre secondé par Frisotin, permission exceptionnelle accordée jusqu’à minuit. Et, comme de juste, tout rentrera dans l’ordre avec happy end dans l’allégresse retrouvée du Paradis pour tous.

Airs de mirliton

Influencée par les comédies américaines des années cinquante (Capra, Wilder, Donen..), la mise en scène de Pascal Neyron est enlevée, sans prétention mais ingénieuse, les morceaux chantés et dansés et les dialogues parlés se succédant à bonne allure. Avec des trouvailles comme l’anneau lumineux géant, très heroic fantasy, qui tombe des cintres à point nommé, et entoure les personnages pour les faire descendre du paradis ou les y faire remonter. Ou encore l’ange gardien qui à la moindre incartade de la veuve souffle comme un damné dans sa trompette avertisseuse.

Tout n’est pas du meilleur goût ni de la plus grande finesse, mais les airs de mirliton alternent avec des lyrics plus sophistiqués : parodie du Faust de Gounod « Anges purs/anges radieux... », ou la séquence « pas de bruit il est minuit », construite sur le principe de la diminution rythmique. Il n’empêche, ce sont les numéros les plus simples qui restent en tête comme l’hilarant chœur des anges (dont une fille qui « n’a pas fauté car elle n’avait pas la santé »), ou bien l’inévitable hymne à Paris (« Le premier, le seul, le vrai paradis, c’est Paris ! »). Ou encore l’injonction adressée à la prénommée Anna, incorrigible timide, qui n’ose frapper aux portes du paradis : « Ose Anna, ose Anna ! »

Tout cela pourrait tomber à plat sans l’ardeur et l’énergie de la troupe de chanteurs et musiciens menée gaillardement par le chef Nicolas Chesneau à l’énergique battue rythmique. Manifestement, nul ne ménage sa peine et tous prennent beaucoup de plaisir à exhumer ce bijou oublié. Le public aussi.

Jusqu’au 27 mars à l’Athénée, www.athenee-theatre.com
Musique : Maurice Yvain. Lyrics : Albert Willemetz. Livret : Yves Marande, Gustave Quinson. Direction musicale : Nicolas Chesneau. Mise en scène : Pascal Neyron. Orchestre des Frivolités Parisiennes. Avec Mathieu Dubroca, Richard Delestre, Judith Fa, Clarisse Dalles, Jean-Baptiste Dumora, Olivier Podesta, Stéphanie Guérin, Faustine de Maunès, Mathilde Ortscheidt et Marion Vergez-Pascal.

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