Au Théâtre de Chaillot jusqu’au 22 mars
Four New Works, de Lucinda Childs
L’égérie de la post-modern dance propose une série de quatre nouvelles pièces courtes, hypnotiques, dont un solo dansé par elle-même.

Lucinda Childs revient très fugacement à Paris avec sa Dance Company au Théâtre national de la danse de Chaillot. A 85 ans, la grande prêtresse de la post-modern dance, toujours bon pied bon œil, y présente quatre nouvelles pièces où tout en restant fidèle à elle-même elle se montre toujours à la pointe de la création contemporaine. Le spectacle bref, d’une heure trente dont un entracte, enchaîne ces pièces, certaines inédites, d’autres où la chorégraphe revient sur des œuvres datées des années soixante. Epoque glorieuse où avec toute l’avant-garde new yorkaise elle officiait à la Judson Memorial Church de Manhattan. Avec le souci constant d’élargir le vocabulaire de la danse et de se libérer des conventions en intégrant des gestes du quotidien comme la marche, la course ou la pratique sportive.
La soirée s’ouvre sur Actus Tragicus, duo de danseuses sur la cantate de Bach éponyme, transposée pour deux pianos par le duo Takahashi/Lehmann. Légèrement décalées l’une par rapport à l’autre, les danseuses poursuivent un dialogue qui dans le chant choral s’apparenterait à ce qu’on appelle un canon. La pièce séduit tant elle déborde de grâce et de charme inusités chez la chorégraphe.
Geranium 64, qui lui succède, revient sur une pièce datée de 1964 en référence à un fameux match de football américain qui, cette année-là, opposait les Browns de Cleveland aux Colts de Baltimore et déjoua tous les pronostics. De cette pièce, elle n’en retient que la partie dans laquelle elle est reliée à la corde d’un hamac invisible sur laquelle elle tire à grand peine, se déplaçant en oblique.
Explicitant cette pièce très énigmatique elle précise, dans le programme de salle, qu’elle exécute au ralenti les gestes d’un joueur qui court pour se saisir de la balle et n’y parvenant pas tombe à terre. Sur le fond de scène est diffusée la vidéo récente réalisée par le plasticien et vidéaste Anri Sala sur laquelle apparaissent par intermittences des images du match, tandis que la bande son diffuse les commentaires du journaliste sportif. La pièce tient de la performance à la mode des années soixante-dix, passablement absconse. On peut y voir (ou non) une version du mythe de Sisyphe.
Chorégraphie millimétrée et tonique
Retour au groupe avec Timeline, créée en collaboration avec la violoncelliste et compositrice islandaise Hildur Guðnadóttir. La musique est faite de coups d’archet au violoncelle intermittents et hyper-tendus, sans pulsation. Sur un fond de bleu profond uniforme, les sept danseurs d’abord circonscrits chacun dans un cercle de lumière évoluent progressivement en duo, puis tous ensemble, dans une chorégraphie millimétrée, très tonique.
Distant Figure conclut en apothéose le cycle. La musique exécutée par le pianiste Anton Batagov est une création mondiale du grand compositeur Philip Glass. Un artiste avec avec qui elle collabore depuis 1976 avec l’opéra mythique Einstein on the Beach, mis en scène par Bob Wilson. La chorégraphie suit précisément le rythme de la musique avec des mouvements qui cachent leur complexité derrière une apparence très simple. Hypnotique.
Four New Works, de Lucinda Childs, au Théâtre national de la danse Chaillot, jusqu’au 22 mars, https://theatre-chaillot.fr
Chorégraphie : Lucinda Childs.
Avec Lucinda Childs, Robert Mark Burke, Katie Dorn, Kyle Gerry, Sharon Milanese, Matt Pardo, Lonnie Poupard Jr., Caitlin Scranton.
Musiques : Johann Sebastian Bach, Philip Glass, Hildur Guðnadóttir. Vidéo : Anri Sala, Costumes : Nile Baker. Création lumière : Sergio Pessanha. Production : Tricia Toliver, Ammara Shafqat
Photo : Alexandra Polina



