Paris, Théâtre de l’Aquarium

Eyolf, Quelque chose en moi me ronge, de Henrik Ibsen

Mise en abîmes familiaux

Eyolf, Quelque chose en moi me ronge, de Henrik Ibsen

De retour d’un séjour solitaire en montagne, Alfred Allmers retrouve sa femme Rita et lui annonce l’abandon de son grand projet littéraire consacré l’étude de la “responsabilité humaine ”. Il souhaite se consacrer entièrement à leur fils, Eyolf, âgé de neuf ans, paralysé d’une jambe depuis plusieurs années, qu’il a le sentiment d’avoir trop négligé. D’autant que le handicap de l’enfant résulte d’une chute survenue dans des circonstances culpabilisantes. Une décision qui ne réjouit pas Rita, ayant déjà le sentiment que son époux lui échappe, ni la demi-sœur d’Alfred, Asta, accompagnée d’un soupirant, Borgheim. Dans ce contexte, survient le drame. Eyolf, fasciné par une étrange et symbolique “Femme aux rats” entrée dans la maison, la suit jusqu’aux bords d’un fjord et se noie dans des circonstances mystérieuses. Son corps ne sera pas retrouvé.

Ainsi s’expose le premier des trois actes de cette pièce peu jouée de Henrik Ibsen, écrite en 1894, sous le titre Petit Eyolf. Cette situation initiale, avec les blessures et le vide causé par l’absence qu’elle engendre, conduit les différents personnages à une mise à nu de leurs sentiments révélant les secrets et les désirs, les mensonges et les angoisses qui les traversent. Ils éclairent sur la relation conflictuelle entre Alfred et Rita du genre “ je t’aime moi non plus ”, qui les unit pourtant avec force. La jeune Asta, révèle à Alfred, amoureux d’elle depuis l’enfance, leur lien de parenté qui ravive ses blessures et le laisse déchiré entre les deux femmes. Après des échanges tendus, le temps sera venu pour chacun de faire son deuil et tenter de se reconstruite malgré sa solitude. Comme le définissait Ibsen pour l’ensemble de son œuvre “ Ce que nous voyons ce sont les conflits humains, et au plus profond entremêlées à eux, il y a des idées en luttes, elles sont mises en déroute ou sortent victorieuses.” Dans le cas présent chacun pourra en apprécier l’issue.

Cette nouvelle version mise en scène par Hélène Soulié, s’accompagne d’une mise à distance du réalisme et de la surcharge psychologique qui parfois accompagnent cette pièce. Dans la traduction de Terje Sinding, elle donne à entendre la complexité et l’exigeante sobriété de l’écriture d’Ibsen, et conduit avec un regard attentif la représentation vers une épure signifiante et révélatrice. Celle-ci trouve un appui expressif dans la scénographie dépouillée et ouverte de Emmanuelle Debeuscher et les lumières crépusculaires de Maurice Fouilé. Mis à part l’acte I, où situations et personnages flottent un peu, la représentation éclaire ainsi les conflits intérieurs avec une rigueur intelligente grâce à l’interprétation de Emmanuel Matte (Alfred), Claire Engel (Rita), Elsa Agnès (Asta), Régis Lux (Borheim) et Dominique Frot (la Femme aux rats) accompagnés en alternance par un jeune garçon (Eyolf).

Eyolf (Quelque chose en moi me ronge) d’Henrik Ibsen, adaptation Hélène Soulié et Renaud Diligent, traduction Terje Sinding,(éditions Le spectateur Français-imprimerie nationale Editeur), mise en scène et dramaturgie Hélène Soulié, avec Elsa Agnès, Claire Engel, Dominique Frot , Régis Lux, et en alternance les enfants Arthur Rouesnel, Diego Guerra et Roméo Creton. Scénographie Emmanuelle Debeuscher, costumes Catherine Sardi, lumière Maurice Fouilhé, son Adrien Cordier, vidéo Maia Fastinger. Durée 2 heures. Théâtre de l’Aquarium, Paris jusqu’au 3 mars 2013. Théâtre de Nîmes 3 et 4 avril, L’Entracte Sablé-sur-Sarthe 11 avril 2013

Photo Marc Casal Liotier

A propos de l'auteur
Jean Chollet
Jean Chollet

Jean Chollet, diplômé en études théâtrales, journaliste et critique dramatique, il a collaboré à de nombreuses publications françaises et étrangères. Directeur de publication de la revue Actualité de la Scénographie de 1983 à 2005, il est...

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2 Messages

  • Eyolf, Quelque chose en moi me ronge, de Henrik Ibsen 27 février 2013 00:01, par lucie

    Désolé mais ce n’est pas un bon spectacle. J’avais vu la version d’Alain Françon il y a dix ans et c’était autrement plus ambigu, mieux joué. Là c’est franchement presque de l’amateurisme. Comme si rien n’avait été vraiment pris en compte, on assiste à un spectacle où tout est attendu, avec des images complaisantes pour faire joli et mystérieux, bref, nordique, quoi mais dans le cliché.

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  • Eyolf, Quelque chose en moi me ronge, de Henrik Ibsen 2 mars 2013 18:45, par Jean

    Bonjour,
    franchement c’est assez spécial mais ca ma tt de meme plu, j’ai été transporté ds une sorte de film noir sur une autre planete Dominique Frot fait une belle préstation. Je suis également charmé par Asta cette actrice a quelque chose de spéciale.
    Félicitation

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