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Critiques / Théâtre

Encore plus, partout, tout le temps

par Noël Tinazzi

Le collectif l’Avantage du doute égrène des sketches drolatiques et anxiogènes sur l’extinction et le patriarcat.

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La politique du point de vue de l’intime, c’est le sillon creusé par la compagnie l’Avantage du doute depuis ses débuts, dans les années 2010. Pour sa cinquième création, le collectif se pose la question du lien entre la crise environnementale et la domination masculine, entre la surexploitation de l’environnement et celle du corps des femmes. Réparti en trois filles et deux garçons, le groupe d’acteurs-auteurs met en place et en scène leurs propres interrogations, doutes, angoisses dans un enchaînement de séquences plus ou moins drôles et inspirées où ces quadras se débattent dans le affres de l’éco-anxiété, dite solastalgie.

« Tout à fait comique jusque dans nos paniques », leur mot d’ordre indique bien la méthode : rire d’eux-mêmes pour exorciser les cauchemars qui les hantent. Et ce doublement, en tant que créateurs et en tant que citoyens. Depuis leur dernier spectacle (La Caverne en 2018 toujours au Théâtre de la Bastille) deux femmes ont eu des enfants. Cela retentit fortement sur Encore plus, partout, tout le temps, titre pompé d’un film porno d’antan. Retentit également l’angoisse transmise à leurs enfants pour ceux qui en ont.

Introduit par un chauffeur de salle d’un genre trans très particulier qui harangue l’assistance et donne le ton, le spectacle commence par une adresse au public, marque de fabrique du collectif : les costumes plutôt inattendus (des toges romaines) et le décor (une toile peinte très kitsch d’un paysage forestier échappée d’un vieux théâtre) sont de récupération. Qu’on se le tienne pour dit : on est donc résilient, écoresponsable jusqu’au bout des ongles et on ne sépare pas vie privée et vie professionnelle. Pour autant, est-on mûr pour l’égalité hommes/femmes et le partage des tâches domestiques, on n’en est pas si sûr.

Entre amis

L’enchaînement des sketches qui s’ensuit est lancé par un dîner entre amis. Soit deux couples travaillés par les questions à l’ordre du jour. L’hôte a préparé une énorme côte de bœuf, un peu brûlée. Mais l’invité, qui sort d’un séance chez son psy, se dit nouvellement acquis à la cause végétarienne. D’où débat d’abord à l’intérieur du couple en question, puis entre les quatre personnages, le tout dégénérant en pugilat.

Suivent alors des saynètes qui réunissent tout ou partie du collectif et qui s’impriment plus ou moins dans les mémoires. Comme le duo des deux hommes chacun pourvu d’un énorme appareil génital en baudruche évoluant en pas-de-deux classique façon Lac des cygnes. Tordant ! Les deux mêmes se retrouvent un peu plus tard pour un dialogue entre un père qui se veut rassurant et son fils convaincu de l’imminence de l’effondrement. Grinçant !

Avec leurs outrances, leurs cris et leurs fous-rire, ces scènes de la vie conjugale parfois un peu forcées naviguent entre le désopilant et le lourdingue, très café-théâtre.

« Encore plus, partout, tout le temps » par la Compagnie l’Avantage du doute. Au Théâtre de la Bastille jusqu’au 27 mai, www.theatre-bastille.com. Avec Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas, Nadir Legrand, Maxence Tual. Scénographie : Kristelle Paré. Lumières : Mathilde Chamoux. Son : Isabelle Fuchs. Costumes : Marta Rossi

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