El viento en un violin de Claudio Tolcachir
Saisissants portraits de familles

Deux jeunes femmes de condition modeste, Céleste et Léna, s’aiment. Amantes, elles souhaitent conforter leur union en ayant un enfant et se mettent en quête d’un géniteur. Le hasard les conduit vers Dario, étudiant attardé, astreint à une thérapie plus que problématique, encore sous l’influence de Mecha, sa mère, possessive et fortunée. Choqué, le jeune homme refuse la demande des deux femmes et ce n’est que sous une menace apparentée à un viol qu’il consent, sous les yeux de Léna, à répondre au désir maternel de Céleste. Un acte qui résonne de manière différente dans le foyer de Léna et Céleste, dont la mère Dora est détentrice du secret de la maladie qui menace la vie de sa fille, et la maison bourgeoise de Dario dont la prise de conscience de sa paternité se heurte à l’obstination de Mecha pour l’inscrire, quel qu’en soit le prix, dans la normalité. Puis, l’enfant paraît et s’amorce autour de lui un nouveau cercle de famille, prometteur de compréhension, de liberté et d’amour.
Après La omisión de la familia Coleman, qui l’a fait découvrir en France avec succès, l’auteur et metteur en scène argentin Claudio Tolcachir, âgé de 36 ans, renouvelle avec cette pièce une approche caustique et colorée de la structure familiale. Qu’elle soit bourgeoise ou prolétaire, empreinte de dysfonctionnements ou décalée des normes et de la morale établies par la société. Avec en toile de fond la réalité sociale et politique de son pays, victime durant des années d’une dictature militaire, puis confrontée à une récession économique de grande ampleur.
Au fil de cette histoire débridée dont l’humour noir distancie la réalité, les personnages révèlent dans leurs dialogues les sentiments et les fractures qui les animent. Malgré leurs disparités un grand besoin d’amour les réunit. A leur manière, ils tentent de trouver une issue à leur condition en frôlant parfois l’absurde, avec une quête existentielle aux accents beckettiens.
Mecha déclarant à son fils “Et maintenant que la vie n’a plus de sens, je me rends compte qu’il s’agit d’une libération. La vie n’a aucun sens, Dario, et c’est merveilleux.”
Cette tragi-comédie est éclairée par une mise en scène virevoltante et tonique qui remplit un espace éclaté, localisant d’un meuble la situation des actions de la pièce. Les six excellents comédiens de la compagnie Timbre 4 portent dans leurs interprétations un souffle de liberté joyeuse, dont les tonalités sarcastiques croisent l’expression d’une tendresse mélancolique qui réunit les personnages au-delà de leurs divergences et de leurs conditions sociales. Dans une belle unité, ils confèrent à ce spectacle – en langue espagnole surtitrée en français - une réjouissante saveur.
El viento en un violin est publié dans la traduction française de Anana Karina Lombardi aux éditions Voix navigables
El viento en un violin, texte et mise en scène Claudio Tolcachir, Compagnie Timbre 4, avec Arceli Dvoskin, Tamara Kiper, Vanina Montes, Miriam Odorico, Lautaro Perotti, Gonzalo Ruiz. Scénographie Gonzalo Cordoba, lumières Omar Possemato. Durée : 1 h 45. Dans le cadre du “Tandem Paris- Buenos Aires 2011”, en tournée jusqu’en mars 2012 : Sartrouville, TU Nantes, Toulon, Chateauvallon- Ollioules, Poitiers, Saint – Nazaire, Chalons sur Saône …




