Avignon- auditorium du Grand-Avignon-Le Pontet
Ebauche d’un portrait par François Berreur
Dans l’intimité de Jean-Luc Lagarce

Le Journal de Jean-Luc Lagarce c’est deux gros volumes édités par François Berreur aux Solitaires intempestifs, la maison d’édition qu’ils avaient fondée ensemble et qui porte le nom d’une des pièces de Lagarce. Ce ne sera pas faire injure à son talent ni à sa mémoire que de supposer que cette somme, aussi intéressante soit-elle, ne trouvera pas une audience très large au-delà des spécialistes universitaires et des amoureux fou de l’œuvre même s’ils sont de plus en plus nombreux. Voilà pourquoi il était particulièrement judicieux d’en mettre en scène ces fragments en forme de portrait, d’autant plus judicieux que ce journal révèle des aspects de la personnalité de l’écrivain très utiles pour la compréhension de l’œuvre et souvent encore oubliés comme ce regard critique et souvent décapant que ce grand solitaire porte sur lui-même et sur le monde du spectacle, sur les relations de pouvoir en général, sur ses relations avec la famille, avec sa mère, sur sa vie amoureuse, instable toujours, sur ses questionnements intimes.
Un acteur hors pair
François Berreur a trouvé en Laurent Poitrenaux l’acteur idéal qui allie distance, humour discret et grande sensibilité retenue. Attablé devant la machine à écrire qui appartenait à Lagarce, au milieu de ses livres et de ses disques préférés, dont la chanson de Joséphine Baker De temps en temps qui lui a inspiré le très beau texte Music-hall, il se glisse entre les lignes intimes de ce journal avec une grande pudeur et une intelligence très fine des moindres nuances. Ses commentaires sont parfois parés d’une telle spontanéité que pour un peu on les lui attribuerait personnellement. A la fin du spectacle, il se fait spectateur discret pour regarder la vidéo réalisée par Lagarce sur laquelle défilent en surimpression, année après année, ses lectures, les films qu’il a vus, assortis parfois d’un mot de commentaire. Ce simple inventaire à la Perec en dit autant sur lui que les plus éminentes gloses, il est comme le fil d’une vie. On savait déjà depuis un certain que Laurent Poitrenaux était un très grand acteur qui déploie particulièrement son talent dans les exercices en solo. On se souvient de l’incroyable Colonel des zouaves. Sa durable collaboration avec Olivier Cadiot et Jean-Luc Lagarde ont révélé ses qualités confirmées par la suite, particulièrement dans l’admirable mise en scène de Yves Beaunesne de Dommage qu’elle soit une putain de John Ford. Lagarce a trouvé là un passeur à sa hauteur. Laurent Poitrenaux a été élu meilleur comédien de l’année 2008 par le syndicat national de la critique pour ce spectacle.
Compte tenu des liens étroits unissant Lucien et Micheline Attoun et Lagarce, il était logique que ce spectacle figure dans le cadre des 40 ans de Théâtre ouvert où il fut créé.
Ebauche d’un portrait d’après le journal de Jean-Luc Lagarce, mise en scène François Berreur avec Laurent Poitrenaux. A l’auditorium du Grand-Avignon-Le Pontet du 20 au 23 juillet 2011 à 17h.
crédits photo/ J.J. Kraemer



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