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Critiques / Opéra & Classique

Dido & Aeneas d’Henry Purcell et Peeping Tom (en stream)

par Jaime Estapà i Argemí

Henry Purcell aurait aimé.

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Peeping Tom a créé un nouvel opéra en s’appropriant l’opéra d’Henry Purcell. Il a mélé adroitement l’œuvre classique à la sienne propre en imaginant une nouvelle situation dramatique : la fin de vie de Dido. C’est à travers ses yeux qu’on va revivre entièrement, mais par épisodes, les amours de Didon et Enée. On peut penser à Jules Massenet écrivant « Le portrait de Manon » pour montrer les effets à long terme de la disparition de Manon sur Des Grieux. Mais, ce que Jules Massenet a fait en deux opéras, Peeping Tom l’a réalisé en un seul. Le résultat de ce pari osé, est lisible et cohérent du point de vue dramatique. La présentation de Justine Bougerol est formellement impeccable.

Dans la refonte proposée de l’œuvre d’Henry Purcell, la vieille reine Dido, au moment de sa mort, sombre dans le délire et se remémore son aventure avec Aeneas, le mystérieux troyen qui l’avait abandonnée et qu’elle n’a jamais oublié. Les musiques ajoutées d’Atsushi Sakaï –atonales et réalistes, avec davantage de percussion que de mélodie-, accompagnent des dialogues parlés, jamais chantés. Malgré l’évident contraste les deux genres musicaux –l’œuvre d’Henry Purcell date de 1689-, leurs enchainements se réalisent avec fluidité et naturel. Emmanuelle Haïm –majestueuse face à ses musiciens comme à l’accoutumée- et Atsushi Sakaï –dirigeant très sûr de lui sa propre musique- se sont passé le témoin à maintes reprises sans aucune difficulté. Félicitons au passage Le Concert D’Astrée pour sa grande capacité à changer de style dans un continuum sans faille.

Franck Chartier, signataire de la mise en scène a tenu compte de la possible difficulté que pourrait ressentir le public à comprendre la situation des deux Didon simultanées. Il a opté pour une présentation dramatique plutôt hiératique pendant les premières scènes. Ses personnages ont bougé alors avec lenteur. Petit à petit le rythme s’est accéléré pour finir dans un chaos ou se sont entremêlés les chanteurs, les corps des danseurs et des éléments du décor. Le metteur en scène a intercalé un peu d’humour ici et là, pas toujours réussi, et aussi des scénettes quelque peu lacrymogènes, un tantinet superflues et hors contexte. Malgré cela, le travail des artistes sur scène a été très fourni, bien dessiné et le résultat s’est révélé d’une grande qualité. A signaler le contraste saisissant entre les deux scènes finales : la tempête qui engloutit tout sur son passage et, une fois la paix retrouvée, la simplicité des adieux de Dido et son célèbre « Remember me ! ».

Il est vrai que les chanteurs ont été un peu au second plan dans le maelstrom qui progressivement s’est emparé de la scène. A quelques moments près, leurs interventions n’ont pas pu s’imposer aux événements qui se déroulaient concomitamment devant le spectateur. Le baryton américain Jarrett Ott –Aeneas, autoritaire, à la voix bien timbrée, sûr de lui- a été impérial en deux occasions, et la soprano Marie Claude Chappuis –Dido- a pu chanter avec la plus grande tranquillité son sobre air final sur un fond désormais apaisé. Emöke Baráth –Belinda- et Marie Lys -2° woman- ont développé dignement leurs rôles respectifs.

La prise de vues, dirigée par Andy Sommer, a privilégié les plans éloignés, évitant totalement les gros plans et utilisant avec parcimonie les plans dits « américains » qui cadrent la moitié du corps des artistes. On a pu observer aussi quelques regrettables bien que rares sorties de champ d’acteurs importants à des moments précis. La prise de son excellente pour la fosse l’a été moins en ce qui concerne la scène. On sait que le problème n’est pas facile à résoudre.

« Dido & Aeneas » Opéra d’Henry Purcell et Peeping Tom. Création du groupe de danse Peeping Tom. Coproduction Grand Théâtre de Genève et l’Opéra de Lille. Mise en scène et chorégraphie Franck Chartier (Peeping Tom). Décors Justine Bougerol, costumes Anne-Catherine Munz. Lumières Giacomo Gorini. Orchestre « Le Concert d’Astrée ». Direction musicale Emmanuelle Haïm. Textes additionnels : Peeping Tom. Musique additionnelle : Atsushi Sakaï. Direction de la musique additionnelle : Atsushi Sakaï. Réalisation : Andy Sommer. Chanteurs : Marie-Claude Chappuis, Jarrett Ott, Emöke Baráth, Marie Lys.
Enregistré au Grand Théâtre de Genève le 2 mai 2021

Billeterie : CP 5126 – CH 1211 Genève 11 billeterie geneveopera.ch
Téléphone +41 22 322 50 50
Note : 3
Photos : Carol Parody
Le 4 mai

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