Avignon 2010

Der Prozess (Le Procès) de Franz Kafka

Der Prozess (Le Procès) de Franz Kafka

Aujourd’hui artiste associé au Deutsches Theater de Berlin, Andreas Kriegenbourg, metteur en scène et scénographe quadragénaire originaire de la RDA, s’est surtout révélé à travers son long compagnonnage avec l’auteure contemporaine allemande Dea Loher, dont il a créé une quinzaine de pièces. Il vient pour la première fois en France avec la troupe du Kammerspiele de Munich, porteur d’une adaptation du célèbre roman inachevé de Franz Kafka, publié un an après sa mort en 1924 par son ami Max Brod. Un pari risqué, dès lors qu’il s’agit de transposer sur la scène ou à l’écran toute la teneur romanesque d’une œuvre. Au théâtre comme au cinéma les réserves et critiques n’ont pas manqué, Orson Welles, auteur en 1962 d’un film sur Le Procès (The Trial avec Anthony Perkins, Romy Schneider et Jeanne Moreau) n’y a pas échappé. La version donnée par Kriegenbourg, tout en respectant ses portées métaphysiques, philosophiques et sociologiques, éclaire particulièrement l’humour noir qui accompagne le cheminement de Joseph K, employé de banque modèle sans problème, impliqué dans un processus judiciaire dont il ignore la cause et qui ne lui sera pas révélée, malgré sa soumission à une loi insondable avant son exécution par ses bourreaux. Coupable forcément

coupable. La représentation s’inscrit dans une scénographie à la fois métaphorique et fonctionnelle, expressive de l’univers kafkaïen, à partir d’un œil imposant appuyé sur un plan quasi vertical. On peut y voir un renvoi à l’œuvre de Claude Nicolas Ledoux, intégrée dans sa réalisation du Théâtre de Besançon, dont la référence a déjà été utilisée sur la scène, mais jamais de manière aussi constitutive de la représentation.

Car, ce dispositif joue un rôle à part entière dans l’exposé et le climat des localisations et des situations dont est victime Joseph K, l’iris du bloc oculaire basculant sous différents angles pour permettre une perception visuelle fluctuante des scènes représentées. Il se révèle ainsi un outil parfaitement adapté aux choix d’une mise en scène inventive et au jeu expressionniste des excellents comédiens allemands, inspirés par le burlesque du cinéma muet - contemporain de l’œuvre -, dont les silhouettes vêtues de noir semblent issues des dessins de Kafka. Multipliant le personnage central pour mieux en éclairer les différentes facettes, permutant les interprétations de ceux qui l’entourent comme autant de reflets, la représentation dont la virtuosité d’assemblage, la précision, le traitement sonore et la musique, contribuent à faire savourer un brillant exercice théâtral, s’avère, sous la drôlerie, une implacable machine à broyer. Comme celle dont fut victime un certain Joseph K.

Der Prozess (Le Procès) de Franz Kafka, mise en scène et scénographie Andreas Kriegenburg, avec Walter Hess, Sylvana Krappatsch, Lena Lauzemis, Olivier Mallison, Bernard Moss, Annette Paulmann, Katharina Marie Schubert, Edmund Telgenkämper. Musique Laurent Simonetti. Lumière Björn Gerum, costumes Andrea Schraad. Opéra – Théâtre Avignon, les 16,17,18 juillet 2010. En allemand surtitré en français, durée 3 heures entracte compris.

© Arno Deloir

A propos de l'auteur
Jean Chollet
Jean Chollet

Jean Chollet, diplômé en études théâtrales, journaliste et critique dramatique, il a collaboré à de nombreuses publications françaises et étrangères. Directeur de publication de la revue Actualité de la Scénographie de 1983 à 2005, il est...

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