Paris, Fort d’Aubervilliers
Darshan de Bartabas
Rien que des ombres

Voilà maintenant plus de 25 ans que Bartabas nous régale de ses spectacles équestres inégalés, depuis le cirque Aligre des années 1970 jusqu’à l’installation au Fort d’Aubervilliers. Soucieux de renouveler son art, il a à cœur de faire des propositions à chaque fois radicalement nouvelles qui nous font voyager dans des univers variés, livre d’images sophistiquées et musiques singulières alliées à la présence physique des artistes d’exception qui conduisent de magnifiques chevaux. Voilà tout ce qui manque à Darshan et qui laisse le spectateur frustré au sortir de cette « vision divine » (traduction du mot indien Darshan). Dans son nouveau spectacle Bartabas a voulu renverser les habitudes en installant le public sur des gradins tournants au centre du chapiteau sur les parois desquelles apparaissent des scènes en ombres chinoises à la manière d’une lanterne magique. De temps en temps, un cheval, en chair et en os, surgit sur la piste, fait un tour, au pas ou au galop, et disparaît. Spectacle désincarné, proche de l’abstraction, éloge de la lenteur. Dans une avalanche de métaphores simplistes et manichéennes il est question du bien et du mal, des rapports entre l’homme et le cheval (dominant-dominé domestique-sauvage, et réciproquement). Ainsi sont évoqués les Indiens d’Amérique, la guerre, l’Asie (avec un envol d’oiseaux- poétique-qui n’en finit pas), la liberté et l’asservissement, l’instrumentalisation, etc. Très vite l’ennui gagne, et on se prend à regretter l’époque où les oies et toute une basse-cour caquetante accueillaient les spectateurs, où Bartabas et ses complices jouaient à terroriser Avignon avec leurs descentes quotidiennes dans les rues de la ville pour leur parade, tels les cavaliers noirs descendus des steppes dans un vacarme de sabots et de cris sauvages qui faisaient frémir les passants émerveillés. Il ne s’agit pas de remonter le temps mais on aimerait renouer avec l’essence même de la singularité de Zingaro. Ce qui fascine, c’est précisément quand Bartabas réussit le mariage entre l’esthétique, la performance des cavaliers et la puissance animale, l’expérience de la relation à la fois délicate et brutale entre l’homme et le cheval.
Darshan, un spectacle de Bartabas. Proposition musicale, Jean Schwarz. Au Fort d’Aubervilliers. Durée : 1h50
crédit photographique : Agathe Poupeney



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