Dark circus par la compagnie Stereoptik

Un spectacle drôle et poétique

Dark circus par la compagnie Stereoptik

D’après une histoire originale de Pef, le père du célèbre prince de Motordus, Dark circus (créé au Festival d’Avignon en 2015) met en scène un petit cirque où tous les numéros ratent : la trapéziste s’écrase au sol, l’homme-canon finit dans les étoiles, le dompteur se fait dévorer par le lion Rex, la lanceuse de couteau rectifie son partenaire, le cheval du dresseur s’enfuit dans la campagne. Tout rate dans ce monde triste en noir et blanc jusqu’à ce qu’un jongleur laisse filer une boule rouge rutilante comme celle fichée sur le nez du clown. La couleur introduite par effraction remet sur pied ce cirque qui tournait à l’envers et lui restitue ses couleurs et sa gaîté.

La mise en image de ce petit monde est l’œuvre de deux virtuoses de l’ombre qui orchestrent à vue musique, lumière, vidéo, dessins réalisés en direct, projection et animation. Un travail de haute précision réalisé de manière artisanale avec toutes sortes d’outils (crayons, fusains, feutres, peinture, encre, sable, eau, carton, figurines, table lumineuse). Le dessin se construit, se déconstruit, se transforme ; la séquence du cheval qui s’enfuit est magnifique ; l’épais trait noir construit l’environnement, la barrière qui le cerne et l’enserre puis l’efface d’un coup de gomme, libérant l’animal qui s’élance dans la campagne, image animée sur fond de paysage déroulé à la manivelle. Arrivé au bord d’une falaise, l’image s’arrête, la main du dessinateur transporte l’animal sur la falaise d’en face et il reprend sa course, se fait rattraper par le dresseur dont il finira par se débarrasser et disparaitra dans les nuages.

La musique scande le geste, le trait, ponctue les étapes des images en train de naître. Associés au dessin, des cartons représentant les personnages croqués avec humour sont manipulés par les artistes qui maîtrisent la synchronisation de plusieurs actions simultanées.
Il n’est pas sûr que les enfants perçoivent le savoir-faire de Romain Bermond et de Jean-Baptiste Maillet. Mais peu importe, ils sont ainsi de plain-pied dans la magie du film qui s’invente sous leurs yeux, conjuguant virtuosité, poésie et humour.

Dark circus, d’après une histoire originale de Pef, créé et interprété par Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet. Au théâtre de la ville, espace Cardin jusqu’au 17 mars. Horaires variables. Durée : 55 minutes. A partir de 8 ans. Résa : 01 42 74 22 77.

© Christophe Raynaud De Lage

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; travaille depuis dix ans dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du...

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