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Critiques / Opéra & Classique

DAS RHEINGOLD de Richard Wagner

par Jaime Estapà i Argemí

“Tout ce qui est doit finir” (Erda)

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A cette assertion de la mère de Wotan Robert Carsen répond :”Sans doute, mais tout ce qui finit peut renaître”. Pour lui, l’histoire qui s’est déroulée entre le vol de l’or, mal gardé, des eaux pures et transparentes du Rhin et son retour au fleuve après d’âpres et longues péripéties, c’est du passé.

Les décors de Patrick Kinmomth - le fond du Rhin en vaste dépotoir, les ouvriers de Mime enfermés dans une cage métallique, les grues et autres engins du chantier du Walhal - nous transportent à l’époque actuelle ou presque. Le décorateur a fait fi des lances et autres ustensiles antiques : une canne suffit à Wotan pour exercer son autorité, une prothèse en verre remplace son œil perdu. La civilisation postindustrielle, bien présente sur scène a certes apporté des progrès techniques extraordinaires, mais elle a entraîné l’indifférence des hommes envers la nature et une pollution sans précédents.

Le fond du Rhin - où gît cet or volé par Alberic et repris par le fleuve lui même -, toujours surveillé par les ondines d’antan, est devenu un réservoir d’immondices. Un nouvel Alberic - peut-être est-il le même ? - renonce à l’amour et s’empare une nouvelle fois du trésor, et l’histoire peut recommencer.

Voilà qu’une famille traditionaliste - elle a gardé les noms de ses ancêtres culturels (les anciens dieux) plutôt que ceux de ses probables ancêtres génétiques (les Gibichungen) - aux commandes, mais totalement à la dérive économiquement et moralement, est décidée à maintenir son rang coûte que coûte. Gardienne de son passé, elle maintient la tradition patriarcale et vit dans un semblant de luxe. Elle boit dans des verres en cristal, se nourrit de pommes préparées de façon quasi liturgique par Freia. Donner et Froh méprisent leurs fournisseurs, les architectes Fasolt et Fafner. Tous disposent encore de quelques serviteurs.

Derniers rejetons d’une dynastie, les membres de cette famille vivent au dessus de leurs moyens dans l’oisiveté - certains jouent au golf à longueur de journée - et mènent une vie facile : une fin de race en quelque sorte. Or Wotan, le paterfamilias s’est fait bâtir une nouvelle résidence et ne sait comment la payer. Il demande alors à Loge - son majordome fidèle, astucieux, efficace- de l’aider à trouver une solution. Ils descendront ensemble au royaume du Nibelheim et voleront l’or à Alberic. On connaît la suite.

Jouer Richard Wagner, un plaisir évident pour l’orchestre du Liceu

Le Liceu a aimé Richard Wagner depuis toujours. La capitale catalane abrite nombre de wagnériens « de toujours », le « Gran Teatre » fut le premier à représenter légalement Parsifal après Bayreuth. Son mythique « Cercle » (la cravate y est obligatoire) est décoré avec des vitraux exceptionnels aux thèmes de la Tétralogie.

Le 2 mai dernier Josep Pons - chef de l’orchestre en titre - a été un excellent maître de cérémonie de la 47ème représentation du Rehingold dans la salle de la Rambla. Sous sa baguette un orchestre totalement acquis aux exigences du Maître ; fin connaisseur de la partition, il s’est montré à la hauteur de la tradition wagnérienne de Barcelone pendant presque trois heures. Accordons une mention spéciale à l’introduction, représentée sur scène par des hommes marchant de plus en plus vite, à la vitesse croissante des vagues, et jetant ostensiblement dans leur sillage multitude d’objets dans le fleuve.

Un grand bravo à l’ensemble des chanteurs.

Les trois filles du Rhin - Lisette Bolle (Woglinde), María Hinojosa (Wellgunde), Nadine Weissmann (Floshilde) -, sales comme des peignes à cause de la pollution du fleuve, peut-être un peu trop aguicheuses, ont respecté la partition, donnant chacune une coloration particulière à sa voix. Le public a applaudi très justement la performance d’Andrew Shore, un Alberic vociférant et désagréable, mais musicalement juste et se tenant toujours dans les limites de son rôle complexe. Son frère Mime - Mikhail Vekua - a tiré un bon parti de sa brève intervention. Ain Anger - Fasolt- et Ante Jerkunica - Fafner -, architectes avec une forte personnalité et une grande prestance ont défié la famille aristocratique avec fougue. Curieusement, mais au fond pourquoi pas, la propre Freia - Erika Wueschner - est tombée amoureuse de Fasolt son geôlier pendant sa captivité.

Le vétéran Kurt Streit, Loge, habillé en majordome, n’a pas surjoué son rôle, bien au contraire il s’est montré discret et vocalement magnifique. Le public a sans doute surévalué la prestation correcte sans plus de Eva Podleś - Erda - alors qu’il a en même temps sous-estimé celle d’Albert Dohnen, grande présence dans le rôle de Wotan, le maître de la maisonnée dans le contexte imposé par Robert Carsen. A ses côtés Mihoko Fujimura - Fricka - à l’émission claire et sèche, s’est montrée intransigeante et a réussi non sans peine à faire changer d’avis son mari et les géants-architectes au moment de régler la facture. Ralf Lukas - Donner - et Marcel Rijans - Froh - ont été les points faibles de la soirée. De ce fait, l’invocation à la tempête de Donner (avec un club de golf pour marteau) est passée totalement inaperçue malgré l’effet efficace des arpèges ascendants de l’orchestre qui suivent le coup porté par le demi dieu.

Das Rheingold, opéra en un acte, prologue du Der Ring des Nibelungen. Livret et musique de Richard Wagner. Mise en scène de Robert Carsen. Direction musicale de Josep Pons. Avec Albert Dohmen, Kurt Streit, Andrew Shore, Mihoko Fujimura, Ewa Podleś, Ain Anger, Ante Jerkunica, Mikaïl Vekua, Erika Wuescher, Marcel Reijans, Ralf Lukas, María Hinojosa, Nadine Weissmann, Jason Howard, Francisco Vas ...

Gran Teatre del Liceu les 20, 22, 23, 25, 26, 28, 29 avril et 2 mai 2013.
Production Bühnen der Stadt Köln.

Tél. +34 93 485 99 29 Fax +34 93 485 99 18
http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat

Photos Antoni Bofill

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