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Craig et la marionnette, sous la direction de Patrick Le Bœuf

par Jean Chollet

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Metteur en scène, scénographe, graveur de talent, l’Anglais Edward Gordon Craig (1872-1966) figure – aux côtés d’Adolphe Appia (1862-1928) – comme un théoricien majeur de l’évolution de l’esthétique théâtrale du XXe siècle. Fils de la grande actrice Ellen Terry et d’un architecte passionné de théâtre, Edward William Godwin, il suit une formation d’acteur sous la direction du célèbre tragédien Henry Irving au Théâtre du Lyceum de Londres. En parallèle, Craig s’initie à la gravure et à la peinture qui contribueront à l’élaboration de sa réflexion sur la scénographie. D’abord comédien, il aborde en 1900 la mise en scène d’œuvres lyriques qui révèlent une nouvelle conception du théâtre. Dans son rejet du naturalisme, il considère le théâtre comme un art du mouvement, dans un espace symbolique fondé sur la rencontre géométrique des lignes et des plans, des jeux d’ombre, des lumières et de la couleur. Des lignes de force qu’il continuera à développer à travers ses esquisses de mises en scènes pour Macbeth (1905),) ou Le Roi Lear (1908) mais surtout dans ses réalisations de Romersholm (Florence 1906) et d’Hamlet au Théâtre d’Art de Moscou (1912) qui restera sa création la plus marquante.
L’influence de Craig sur bon nombre de metteurs en scène contemporains est surtout due à ses écrits théoriques qui - en complément de ses prises de parole, esquisses et expositions – diffusent ses idées dont la radicalité inventive bouleverse les expressions théâtrales. Sont ainsi successivement publié : A propos du décor de théâtre (1904), l’Art du théâtre (1905), qui fonde le théâtre sur un certain nombre d’éléments interdépendants et redéfinit la fonction du metteur en scène, tandis que sa revue The Mask, créée à Florence en 1908 et publiée jusqu’en 1929, approfondit ses théories pour contribuer au renouvellement de l’art théâtral. Dans le second numéro, sous le titre “l’Acteur et la surmarionnette ”, Craig développe sa définition de l’acteur, dont les interprétations psychologiques doivent faire place à l’expression de signes visibles porteurs de valeurs symboliques. Dans sa volonté de dénaturaliser le jeu de l’acteur, il s’intéresse à la fonction de la marionnette définie comme “ un modèle de l’homme en mouvement ”. C’est cet aspect du rôle de la marionnette dans l’œuvre du théoricien anglais qui est aujourd’hui doublement éclairé à travers un livre et une exposition.

Le livre

Craig et la marionnette, dont la couverture expressive reproduit une photographie de marionnette réalisée pour Dante, le jardin pétrifié par les compagnies Jean-Pierre Lescot et Daru en 1985, est un bel ouvrage réalisé sous la direction de Patrick Le Bœuf, auteur d’une introduction qui éclaire l’évolution des rapports de Craig avec la marionnette. Suit un chapitre réalisé par Marion Chénétier, Marc Duvillier et Didier Plassard, Le théâtre pour les fous : Aperçu d’un chantier, évoquant le projet d’écriture d’un cycle de 365 pièces pour marionnettes sur lequel Craig est revenu durant toute sa vie. En complément, la comédienne et essayiste Evelyne Lecucq, se penche sur l’influence – avouée ou non – de Craig dans la pratique et l’esthétique des marionnettistes contemporains. Mais la richesse de ce volume tient surtout à la qualité d’une iconographie significative qui associe croquis, dessins, photos d’Edward Gordon Craig, accompagnés de documents témoignant de l’esthétique et de là diversité des créateurs d’aujourd’hui. Un catalogue des pièces présentées dans l’exposition complète ce volume coproduit par Actes Sud et la Bibliothèque nationale de France.

L’exposition

Cent vingt-quatre documents, gravures, photos, maquettes, dessins, marionnettes, réparties en deux sections, offrent un éclairage monographique et thématique évocateur des relations de Craig avec la marionnette et de leurs prolongements dans l’évolution de cet art ancestral. La première section est consacrée uniquement au théoricien novateur avec pour l’essentiel des pièces conservées à la BnF. La seconde présente sous divers aspects des créations d’artistes marionnettistes et plasticiens d’horizons différents, ayant tenté, à l’instar de Craig, de revisiter les traditions de leur pratique pour contribuer à leur tour à son évolution. Coproduite par la Bibliothèque nationale de France, l’Association Jean Vilar et l’Association nationale des théâtres de marionnettes et des arts associés (THEMAA), cette exposition offre l’occasion d’appréhender une partie de l’œuvre d’un théoricien qui bouleversa le théâtre de son temps.

Craig et la marionnette sous la direction de Patrick Le Bœuf, coédition Actes Sud / Bibliothèque nationale de France, mai 2009, 120 pages, 120 illustrations en couleur. Broché 19,6 x 25,5. Prix 29 €.
Exposition à la Maison Jean Vilar, Avignon, du 7 au 29 juillet de 10h30 à 18h30, puis au Musée de l’Ardenne, Charleville – Mézières, du 18 septembre au 4 octobre 2009.

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