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Critiques / Théâtre

Cataract valley d’après Jane Bowles

par Corinne Denailles

Esprits troublés

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Un décor tropical de Mathieu Lorry-Dupuy avec ambiance sonore ad hoc (Aline Loustalot) ; au milieu de grands arbres, une chute d’eau tombe à pic dans la rivière. Nous sommes à Cataract valley. Un camp pour touristes avec ses bungalows, ses excursions en canoë, à moins qu’il ne s’agisse d’un centre de santé. La jeune Harriet y soigne ses nerfs et surtout échappe à une sœur étouffante et à des parents insupportables. Une scène de déjeuner familial terrifiante montre des parents rustres vitupérant, incapables d’affection, ridicules ; c’est pathétique et l’on rit, une marque de l’écriture de Jane Bowles qui plonge les sujets les plus graves dans un bain d’humour et d’incongruités. Peut-être par compensation, Sadie, en manque d’affection, est viscéralement attachée à sa sœur et ne supporte pas son absence. Elle use de tous ses pauvres moyens pour la faire rentrer à la maison vantant les joies imaginaires du cocon familial. N’y tenant plus, elle décide d’aller la chercher dans ce trou perdu. Les deux sœurs sont visiblement désaxées, pathologiquement instables ; incapables d’intégrer le principe de réalité, de communiquer, elles se réfugient dans leur imaginaire respectif pour rêver le monde. Mais rien n’est clair et un mystère plane, lourd de non-dits qui laissent supposer un arrière-plan tragique. La mise en scène de Marie Rémond entretient le flou, le suspens du sens. Les comédiens jouent sur cette ligne de crête, entre étrangeté et réalisme. Marie Rémond interprète Harriet la rebelle, l’écorchée, jeune fille douloureuse presque autiste, murée dans une colère dont on ne sait pas grand-chose. Elle maltraite Beryl sans qu’on sache bien pourquoi si ce n’est pour expulser cette colère qui la submerge. Caroline Darchen est cette gentille Beryl soumise mais aussi Evy, la soeur hystérique, excellente dans les deux rôles. La sœur mélancolique, apathique, un peu hébétée dont le corps ploie sous le malheur de sa méchante vie c’est Caroline Arrouas. Et Laurent Ménoret, l’impayable pseudo-chef indien et le non moins impayable travelo. Adapté d’une nouvelle de Jane Bowles (la femme de Paul), le spectacle intrigue mais laisse un sentiment d’inachèvement peut-être parce que quelque chose de la densité, du concentré dans l’espace restreint de la nouvelle se dilue un peu sur scène.

Cataract valley d’après une nouvelle de Jane Bowles, traduction, Claude Nathalie Thomas ; adaptation Marie Rémond et Thomas Quillardet. Scénographie Mathieu Lorry-Dupuy, costumes, Marie La Rocca ; son Aline Lousdalot ; lumières Michel Le borgne. Avec Caroline Arrouas, Caroline Darchen, Marie Rémond, Laurent Ménoret.
A l’Odéon-théâtre de l’Europe jusqu’au 15 juin 2019. Durée : 1h30.
01 44 85 40 40 / www.theatre-odeon.eu

© Simon Gosselin

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