Accueil > Cannes trente-neuf/quatre-vingt-dix d’Etienne Gaudillère

Critiques / Théâtre

Cannes trente-neuf/quatre-vingt-dix d’Etienne Gaudillère

par Corinne Denailles

De Louis Lumière à Wim Wenders, 50 ans d’histoire du cinéma

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Raconter l’histoire du Festival international du film de Cannes de sa création en 1939 aux années 1990 est une gageure ambitieuse d’autant plus que l’auteur et metteur en scène (et acteur) Etienne Gaudillère entend poser un regard politique sur 50 ans d’histoire. A l’origine, un coup de sang du ministre Jean Zay et de Philippe Erlanger, écrivain et haut fonctionnaire chargé des affaires artistiques au ministère des Affaires étrangères, contre la Mostra de Venise qui, sur l’intervention d’Hitler et Mussolini, a récompensé Les Dieux du stade, documentaire de propagande nazie en 1938. Indignés, les Français veulent créer un festival international du film, une manifestation indépendante de la politique. Biarritz le dispute à Cannes qui l’emporte. On se démène pour que tout soit prêt pour la première édition en septembre 1939, Louis Lumière en sera le président mais le Festival est annulé pour cause de guerre. Les auspices ne sont pas favorables, les tractations difficiles avec les maisons de production pourtant, l’acharnement de Philippe Erlanger sera couronné de succès en 1946 avec l’efficace contribution de Jean Cocteau. De 46 à 90, c’est un tourbillon d’événements clés, d’informations, une pluie de titres de film, de noms de réalisateurs et d’acteurs, ponctué de scènes plaisantes comme la pseudo-ouverture du festival où le présentateur mélange les époques, les films, les noms, fait se côtoyer, entre autres, Gabin et Madona, invente un Jack Malraux. En 58, c’est le scandale de La Dolce vita, en 68, nouvelle annulation du festival, en 75 Chroniques des années de braise frappe les esprits. Il est aussi question de la censure, de l’exception culturelle.
La séquence sur Les Cahiers du cinéma dans les années 60 est une des plus réussies. Elle commence par un Madison appliqué dont les danseurs sont les cinéastes rebelles des Cahiers, représentants de la Nouvelle vague, de Truffaut l’exalté à Godard l’intransigeant, en passant par Rhomer et son cinéma vérité. Varda dans sa petite robe rayée rouge et blanc et sa coupe de cheveux au bol, sûre d’elle avec simplicité, Demy le doux et timide, Lelouch l’exclu, jugé commercial par les intellos, et aussi Rivette, Chabrol. Gaudillère met en scène avec humour les débats enfumés et parfois fumeux, avec d’humour et de tendresse. Un gros plan sur l’édition 89 qui récompense Steven Soderbergh pour son film Sexe, mensonge et video qui scandalise (on apprendra que la maison de production de Soderbergh est la société Miramax dont le directeur est…Harvey Weinstein).
Un tournant aussi dans l’histoire du festival en passe d’échapper à ses créateurs pour devenir une institution menacée par les conflits d’influence et les marchés. L’auteur multiplie les points de vue avec le numéro comique du chanteur de la Croisette ou la touchante histoire de cette Taiwanaise qui ne verra jamais la fin du magnifique film russe Quand passent les cigognes (palme d’or 1958). Après les commentaires mélancoliques d’un Erlanger en bout de course qui, à l’inverse du Je me souviens de Perec, énumère tout ce que la mémoire collective oubliera ; le spectacle s’achève sur une belle image métaphorique.
On regrette le ton un peu désuet de la narration qui détonne avec l’ambition d’un projet enlevé tout en couleurs. C’est diablement documenté et le moins qu’on puisse dire c’est que le spectacle ne s’en tient pas à l’écume de l’histoire mais pèche justement à rester trop près de son sujet. Une plongée dans l’histoire du cinéma interprétée par une équipe de comédiens épatants qui donne envie de revoir tous ces chefs d’œuvre qui ont jalonné ces cinquante années mouvementées.

Cannes Trente-neuf/quatre-vingt-dix, texte et mise en scène Etienne Gaudillère. Avec Marion Aeschlimann, Clémentine Allain, Anne de Boissy, Etienne Gaudillère, Fabien Grenon, Pier Lamandé, Nicoals Hardy, Loïc Rescanirèe, Jean-Philippe Salério, Arthur Vandepoel. Scnéogrpahhie, Bertrand Nodet ; lumières, Romain de Lagarde ; son, Antoine Richard ; costumes, Sylvette Dequest.
A Malakoff, Théâtre 71 jusqu’au 16 janvier 2020.

www.theatre71.com

© Joran Juvin
18-19 janvier à La piscine, Chatenay Malabry
le 21 février, Maison des Arts du Léman, Thonon-Evian
le 7 mars, Théâtre Croisette, Cannes

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.