Paris, Petit Montparnasse

Buenos Arias de Alfredo Arias

L’Argentine d’Arias

Buenos Arias de Alfredo Arias

L’Argentin Alfredo Arias excelle dans l’évocation de « l’âme de Buenos Aires ». Depuis l’exceptionnel Mortadella des années 1990, il y revient régulièrement avec des spectacles qui font une large place à la musique, indissociable de son Argentine. Loin de toute nostalgie, il jette un regard tendre et amusé, volontiers ironique et impertinent sur son pays ; à moins que ce ne soit une manière pudique d’y céder derrière le masque de l’humour. Les derniers spectacles du genre (Trois tangos et Tatouage), qui étaient épatants, réunissaient déjà les artistes que l’on retrouve aujourd’hui dans ce diptyque enlevé qui articule un moment de pur music hall et du théâtre musical.

Hermanas

Avec Hermanas, Sandra Guida et Alejandra Radano nous entraînent dans un tourbillon de chansons internationales qui nous emmènent en Italie, en Espagne, en France, en Irlande, en Angleterre, au Mexique, au Chili et bien sûr en Argentine à travers des duos célèbres, plus ou moins inventés et des vedettes internationales, de Katie Berberian à Joséphine Baker en passant par les sœurs Kessler, Jeanne Moreau, Juliette Gréco et Nino Ferrer. En voix off Arias et Antonio Interlandi assurent les transitions entre les chansons, et ce duo-là n’est pas triste. Chanteuses, danseuses, comédiennes, Sandra et Alexandra savent tout faire avec virtuosité et humour, en espagnol, en français ou en anglais, et impressionnent par leur stature imposante, leur abattage et leur talent explosif. Leurs voix, dans des registres différents, s’accordent pour susurrer le mélo sud américain, ou la sirupeuse mélodie italienne, se faire gouailleuse ou lyrique. La revue est menée avec un sens du spectacle et de la théâtralisation dont les excès ne font pas peur à ces deux personnalités atypiques. Le jeu avec les clichés est au cœur des deux spectacles.

Cinelandia

Dans Cinelandia, Arias revisite quatre films des années 50 aux années 70, en mettant en scène quatre pseudo interviews des vedettes de l’époque. Ils déroulent les scénarios mélodramatiques assortis de commentaires pleins d’esprit et souvent complètement absurdes. N’oublions pas que « le drame est réservé aux dieux grecs et le mélo est pour les Argentins ». Arias, vêtus de noir, petit chapeau vissé sur le crâne, est le manipulateur de ces fantômes qui s’animent selon sa volonté. Besos brujos (baisers ensorceleurs) raconte une histoire d’amour torride sur fond de jungle ; avec Carne, on plonge dans l’histoire sordide des abattoirs, sexe, viols, hémoglobine et fous rires. El Crimen de Oribe est tiré d’une nouvelle du grand Adolfo Bioy Casares où il est question d’arrêter le temps pour tenir tête à la mort. Le plus baroque est l’adaptation de La Dame aux camélias transposée en Argentine où le scénariste a trouvé malin d’inverser les rôles ou presque (c’est Marguerite Gautier qui offre des camélias à Armand, pardon, Armando Duval). Il substitue la folie à la tuberculose parce que depuis Dumas « on a inventé les antibiotiques ». Finalement, la comédienne aurait préféré les roses aux camélias, occasion d’interpréter Françoise Hardy sur un rythme très latin.

Sandra Guida, Alejandra Radano et Antonio Interlandi, enfilent les costumes des personnages évoqués, esquissent les scènes selon les indications du meneur de jeu et ne se privent pas de commenter ce cinéma populaire qui ne craint pas les excès de pathos. Tous les clichés sont épinglés, accentués, moqués mais jamais ridiculisés car derrière l’ironie perce toujours le regard de tendresse et d’indulgence pour le pays de l’enfance dans ce spectacle délicieux où « le tango est là pour faire parler le cœur ».

Buenos aires,de Alfredo Arias et René de Ceccaty. Mise en scène Alfredo Arias. Avec Alfredo Arias, Sandra Guida, Antonio Interlandi, Alejandra Radano. Musique originale Diego Villa. Scénographie (décors) Malika Chauveau. Costumes Pablo Ramirez. Lumières Jacques Rouveyrollis.

Hermanas, du mardi au samedi à 19h15, dimanche 15h, durée : 1 heure. Cinelandia, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 16h45, durée, 1h30.

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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