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Critiques / Opéra & Classique

Bohème, notre jeunesse, d’après Giacomo Puccini

par Quentin Laurens

Une Bohème nouvelle, rafraîchie, raccourcie

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Pour cette Bohème nouvelle génération, deux options possibles : accepter d’emblée le pas de côté des choix artistiques (et politiques), ou bien passer son chemin. On a décidé de rester, et bien nous en a pris. Avec l’intention louable de rendre l’opéra plus accessible, moins poussiéreux, l’Opéra Comique crée Bohème, notre jeunesse : uneversion largement revisitée du grand classique de Puccini.

Pauline Bureau, pour la mise en scène, et Marc-Olivier Dupin, pour l’adaptation musicale, prennent d’immenses et audacieuses libertés. Alors, assistait-t-on ce soir à la 1523e représentation de La Bohème salle Favart, depuis sa création ? Ou goûtait-on à la première d’une nouvelle Bohème ?

Cette production s’attaque évidemment frontalement aux conventions : elle contourne le monument sans pour autant l’éviter, elle provoque le sacré, sans l’insulter. L’orchestre, si riche chez Puccini, se limite ici à 13 instrumentistes, la distribution est réduite à six chanteurs. Le livret, retraduit en français, - retour donc à la langue originelle de l’intrigue, le roman d’Henri Murger, Scènes de la vie de bohème - prend la vague de notre époque avec un vocabulaire actualisé. Tronqué, l’opéra ne dure plus qu’une heure et demi. Ce qu’il reste de la partition est toutefois presque intact.

Voici pour la forme, mais qu’entend-on, que voit-on à l’Opéra Comique ce mois de juillet ?

L’orchestre d’abord, Les Frivolités parisiennes, offre des sonorités certes inhabituelles mais fraîches et équilibrées, l’adaptation musicale de Marc-Olivier Dupin est cohérente et réussie. La direction sûre et enjouée d’Alexandra Cravero fait vivre cette harmonie intimiste, au cœur de laquelle, privilège chambriste, le relief et le grain de chaque instrument s’expriment pleinement. Quatre cordes, quatre bois, un cor, une trompette, une harpe, un percussionniste et… un accordéon, c’est un ensemble inédit qui sonne dans la fosse de Favart ! L’accordéon étonne, accroche peut-être les oreilles habituées à l’orchestre conventionnel, mais il donne à cet opéra modernisé une touche tout authentique, aux accents parisiens… Que ne soient attendues ni l’amplitude ni la verve passionnée de l’orchestre romantique de Puccini, la comparaison n’a ici plus lieu d’être !

Pauline Bureau propose une mise en scène douce et sensible, résolument bohème, volontairement équivoque entre un Paris en construction à la fin XIXe et la capitale en notre temps. Au pied d’une Tour Eiffel et d’immeubles haussmanniens en construction, les jeunes artistes prennent un verre au bar, sous la lumière d’un néon. Dans le premier et dernier acte, la mansarde est intemporelle : théâtre des artistes qui se découvrent, s’aiment, se consolent et se questionnent. Les décors d’Emmanuelle Roy - principalement des cubes de bois mobiles- sont ingénieusement tapissés d’une œuvre vidéo, un « mapping » de Nathalie Cabrol qui habille et colore la scène aux jolies teintes grises. Les costumes d’Alice Trouvet collent habilement aux jeux et caractères des jeunes artistes, épris de vie, peu préoccupés des soucis matériels qui les entourent.


Les chanteuses et chanteurs, issus de la Nouvelle Troupe Favart
, sont d’abord de talentueux acteurs. Ils ont l’âge de leurs personnages, un vrai sens de la théâtralité, font subtilement montre de leur capacité à être graves et émouvants ici, légers et drôles là. Dans cette distribution équilibrée et prometteuse, soulignons les belles prestations de Sandrine Buendia dans une Mimi touchante, et de Jean-Christophe Lanièce en Marcel. Si la voix de Sandrine Buendia est apparemment fragile au début de l’opéra, c’est qu’elle adhère fidèlement à la Mimi timorée du livret. Dans une prestation tout en nuances, elle se révèle extrêmement poignante, et exprime toute sa force dramatique dans son duo avec Marcel et dans le final, où la tuberculose finit par l’emporter. Jean-Christophe Lanièce fait un excellent Marcel : la voix est distincte et pure, le timbre clair, la profondeur est là. Kévin Amiel donne un Rodolphe plein d’éclat, avec une belle rondeur dans les mediums, mais dont les aigus souffrent d’un forte parfois écrasant. Marie-Eve Munger chante une Musette tendre et puissante. Ronan Debois et Nicolas Legoux assument sans se démarquer leurs seconds rôles avec réussite.

L’équipe de production, essentiellement féminine livre donc une Bohème, notre jeunesse, engagée, qui donne, entre autres, davantage de place et de consistance aux rôles féminins. Elle dépeint un portrait social dans la pure veine vériste. Plus courte, plus fraîche, nouvelle, différente, cette adaptation est accueillie avec enthousiasme par le public. Vouée à voyager, à Rouen, qui l’a coproduite, puis partout en France, cette Bohème, notre jeunesse convainc et réjouit. Saura-t-elle toutefois atteindre le public visé ? Nous lui souhaitons beaucoup de succès, de riches rencontres avec les publics peu coutumiers de l’opéra, et peut-être, d’être le premier d’une longue série d’« opéras rafraîchis ».

Bohème, notre jeunesse, d’après Giacomo Puccini, adaptation musicale de Marc-Olivier Dupin ; Orchestre, Les Frivolités Parisiennes ; Direction musicale, Alexandra Cravero ; Adaptation, traduction et mise en scène, Pauline Bureau ; décors Emmanuelle Roy ; Costumes, Alice Trouvet ; Lumières, Bruno Brinas ; Vidéo, Nathalie Cabrol. Avec ; Sandrine Buendia (Mimi), Kevin Amiel (Rodolphe), Marie-Eve Munger (Musette), Jean-Christophe Lanièce (Marcel), Nicolas Legoux (Colline), Ronan Debois (Schaunard)

Les 9, 11, 13 et 17 juillet 2018 à 20h, le 15 juillet 2018 à 15h.

01 70 23 01 00 - https://www.opera-comique.com/fr

Photos Pierre Grosbois

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