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Critiques / Opéra & Classique

Agrippina de Georg Friedrich Händel

par Jaime Estapà i Argemí

Une soirée catastrophique !

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Agrippina (Venise 1709) est le premier opéra de Georg Friedrich Händel. Il l’a composé à l’âge de 24 ans, peu avant la fin de son voyage en Italie. L’œuvre se situe entre le style vénitien -histoires complexes et multiples rebondissements comiques et dramatiques-, et le style napolitain plus sobre, que Metastasio mit à la mode une décennie plus tard .

Le cardinal Vincenzo Grimani, vice-roi de Naples, écrivit le texte et facilita la production de l’œuvre dans le théâtre San Giovanni Grisotomo que sa famille possédait à Venise. Les nombreuses allusions satiriques, adressées au Vatican, diluées dans le texte, sont aujourd’hui dépourvues de sens ou incompréhensibles.

Agrippina est un drame qui finit bien. Cela ne pouvait pas en être autrement car son action précède celle de L’incoronamento di Poppea (1643), et, à l’exception du personnage central, celui d’Agrippina, la mère de Néron, tous les autres existaient déjà dans la pièce de Claudio Monteverdi. Le public de 1709 savait donc qu’Ottone, par exemple, ne pouvait pas mourir car il était encore bien vivant dans L’incoronamento, et que Poppea ne pouvait pas non plus épouser Nerone en 1709 parce qu’elle l’avait épousé en 1643 à la fin de l’histoire. Bien que composées et présentées dans le désordre, les deux histoires s’enchaînent assez bien et forment une sorte de saga familiale faite de mensonges, de sexe et de trahisons. Pour l’illustrer, le luxueux programme édité par le Liceu a pris comme fil conducteur les sept péchés capitaux (colère, gourmandise, paresse,…) et les familles de Dallas et de Dynastie.

La mise en scène de David McVicar ou l’art de faire avaler la pilule des récitatifs

L’œuvre contient de nombreux récitatifs, difficiles à suivre par le public lorsqu’ils ne sont pas parfaitement déclamés. La production présentée au Liceu est celle que David McVicar présenta au TCE de Paris en l’an 2000. A cette époque la mise en scène palliait souvent la monotonie de ces récitatifs, pas bien dits le plus souvent, en distrayant l’attention du spectateur par des scénettes, volontiers comiques, jouées soit au fond de la scène soit sur le côté opposé à celui où se trouvaient les chanteurs. L’œil prenait alors le pas sur l’oreille ce qui permettait au public de patienter entre deux airs. Bien de grands auteurs classiques introduisent des scènes comiques à l’intérieur d’un drame pour faire ressortir le côté sérieux de l’histoire. David McVicar lui, s’appuie trop souvent sur le côté comique et donc il transforme la tragicomédie en une sorte de vaudeville un peu trash, piquant, toujours léger : quelques pas de danse en arrière-plan nous ont même fait penser aux chorégraphies de Gene Kelly !

Un orchestre atone !

Outre que l’orchestre était souvent en déphasage avec les chanteurs, il s’est montré pesant, monotone et sans vivacité aucune. Même la basse continue semblait lasse de devoir accompagner les chanteurs dans les récitatifs. Il s’agissait certainement de la dernière représentation de la série et la fatigue se faisait sentir, mais ce soir-là l’orchestre symphonique du Liceu sous la direction d’Harry Bicket, pourtant un chef expérimenté, n’avançait pas.

Aux défauts de la mise en scène, démodée, et à la pesanteur de l’orchestre sont venues s’additionner les contreperformances de la plupart des artistes sur la scène. Sarah Connoly –Agrippina- n’a pas mis en valeur ni dramatiquement ni vocalement la perfidie de son superbe personnage et donc elle est restée gentille et sympathique, grotesque cependant face aux personnages de Pallante -Henry Waddington- et de Narciso -Dominique Visse- ses soupirants. Si Dominique Visse en a fait des kilos, comme à son habitude, dans son modeste rôle, Malena Ernman en a fait des tonnes dans le rôle travesti de Nerone, contribuant ainsi à gommer le côté dramatique et truculent de l’histoire. Danielle de Niese a chanté, et surtout joué, une Poppée aguicheuse et sensuelle ; un changement de robe en direct de grand effet, l’a transformée instantanément de courtisane élégante en péripatéticienne vulgaire. Elle a été très applaudie car elle a réussi des morceaux de bravoure mais ses ornements vocaux étaient souvent approximatifs et forcés, artificiels. Ce sont finalement Franz-Josef Selig –Claudio hilarant face à Poppée- et surtout David Daniels –Ottone- les deux voix qui par respect pour la partition et par leurs jeux tempérés auront sauvé cette œuvre de jeuneuse de Georg Friedrich Händel.

Agrippina. Opéra de Georg Friedrich Händel. Orquesta Sinfónica del Gran Teatre del Liceu. Direction musicale Harry Bicket. Mise en scène David McVicar. Décors et costumes John Macfarlane. Lumières Paule Constable. Avec Sarah Connoly, Franz-Josef Selig, Malena Ernman, Danielle de Niese, David Daniels, Henry Waddington, Dominique Visse, Enric Martínez-Castignani.

Coproduction du TCE de Paris et le Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles.

Gran Teatre del Liceu les 16, 18, 21, 24, 26 et 29 novembre 2013.

Tél. +34 93 485 99 29 Fax +34 93 485 99 18

http://www.liceubarcelona.com exploitation liceubarcelona.cat

Photos A ; Bofill

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