A mon âge je me cache encore pour fumer de Rayhana
La femme comme champ de bataille

Neuf femmes réunies dans l’espace à la fois public et intime d’un hammam papotent bruyamment comme les femmes du monde entier savent le faire à ceci près que nous sommes en Algérie et qu’être femme à Oran n’a pas le même sens qu’à Paris ou à Londres. Provisoirement à l’abri de la violence du monde, elles se confient sans tabou les unes aux autres.
Il y a la patronne avec la fermeté bourrue de celle dont le cœur est resté tendre malgré les affres de la vie conjugale ; auprès d’elle la jeune masseuse Samia ne rêve que de mariage, seule manière d’échapper à la famille.
Latifa se souvient de l’horreur de sa nuit de noce et de ses traditions barbares ; elle avait 12 ans, son mari 50. Face à elle, la jeune intégriste Zaya défend les théories islamistes les plus radicales en détournant au besoin les sourates du Coran, comme c’est si souvent le cas, et en justifiant la barbarie à visage humain. Pour compléter le tableau des femmes d’Algérie n’oublions pas la Française d’Algérie partie vivre en France et qui revient chercher une épouse soumise pour son fils qui aurait pu être Samia si le destin n’en avait décidé autrement.
Toutes solidaires pour protéger la jeune femme enceinte poursuivie par son frère qui veut la tuer et qui s’est réfugiée dans le ventre du hammam. Mais nul refuge n’est sûr. Le texte de l’Algérienne Rayhana, grave et truculent, est très simplement mis en scène par Fabien Chappuis qui fait résonner avec sobriété ce choral de voix féminines. L’auteur dessine ces neuf portraits avec des traits juste assez appuyés pour dire l’insupportable condition féminine, et la dignité et le courage de celles qui résistent. Ce faisant, se dégage un portrait de l’Algérie aujourd’hui, violente, corrompue, victime de ses extrémismes qui prend le sexe de la femme comme champ de bataille. Une fois de plus, le titre de la pièce du Roumain Matéi Visniec (qui traite de la guerre en Bosnie) s’illustre ici tristement. Pourtant, il ressort de cette pièce une liberté de ton insolente, une énergie vitale presque joyeuse, une rage de vivre qu’il faut entendre au nom de toutes les femmes qui combattent pour défendre leur dignité envers et contre tout.
A mon âge je me cache encore pour fumer de Rayhana mise en scène de Fabian Chappuis. Lumières de Franck Michallet. Vidéo de Bastien Capela. Costumes de Rayhana. Avec Julie Kapour, Elisabeth Ventura, Paula Brunet, Linda Chaïb, Rébecca Finet, Catherine Giron, Maria Laborit, Taïdir Ouazine et la participation de Frédéric Meille.
Festival d’Avignon, au Collège de la salle à 20h40 jusqu’au 26 juillet 2015. Durée : 1H55. A partir de 15 ans. Tel. 0432762043.



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