40 ans d’arts de la rue de Floriane Gaber
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- 6 décembre 2010
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Désormais dotés d’un acte de naissance, les arts de la rue fêtent leur quarantième anniversaire, même si, comme le souligne Dominique Houdard dans son avant-propos, leur apparition se confond avec les débuts de l’humanité. Ce que l’on célèbre ici, c’est une discipline artistique qui a pris son essor dans la deuxième moitié du XXe siècle, une contre-culture née aux Etats-Unis avec la beat generation d’un mouvement de révolte et de libération contre l’establishment. En France, le mouvement prend corps au festival de Nancy en 1968 où est invitée la troupe devenue légendaire du Bread and Puppet. Les arts de la rue seraient nés dans le creuset du festival de Nancy qui, durant vingt ans, a ouvert grand les portes des théâtres pour démontrer qu’il était possible de concilier art populaire et exigence artistique (un objectif tombé dans les oubliettes du ministère de la Culture).
Un domaine foisonnant
Floriane Gaber, spécialiste de la discipline, propose ici une histoire des arts de la rue passionnante, fruit de vingt ans de conférences et de séminaires, qui emprunte les voies vivantes de l’anecdote. On y découvre un univers d’une incroyable vitalité créatrice, qui décloisonne sans complexe les disciplines, mélange les genres, et dont le moteur est souvent la contestation d’un ordre établi et le goût de l’expérimentation mais aussi une soif de partage à bâtons rompus avec le public. Mettre l’art dans la rue est une sorte de révolution qui incite à jeter les pantoufles et la télé pour ouvrir les yeux et rêver. Les compagnies sont très nombreuses et écletiques. Floriane Gaber en a répertorié plus d’une centaine qui comptent dans le paysage artistique et travaillent dans des directions singulières de la famille Burattini à Ilka Schönbein en passant par la compagnie Houdard-Heuclin et ses Padox, les 26000 couverts, Dario Fo, Licedei, Les Tambours du Bronx, le Théâtre de l’Unité, etc. Certaines sont restées dans l’histoire comme Le théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal ou, dans un autre genre, Le grand magic circus de Jérôme Savary ou encore le Footsbarn Travelling Theatre. Le théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine a pratiqué le théâtre d’intervention politique. D’autres font figure de stars comme le Royal de Luxe. Si les arts de la rue ont leur festival (Aurillac, Châlon, Sotteville), et de qualité, ils n’ont eu de cesse d’en sortir, rebelles à l’enfermement, quel qu’il soit. Il leur a fallu 40 ans pour s’imposer en France, et il n’est pas certain, que, tout comme l’art de la marionnette, les arts de la rue aient acquis la légitimité qu’ils méritent dans l’esprit du public. La lecture de cet ouvrage devrait convaincre ceux qui ne le seraient pas encore de s’y intéresser.
40 ans d’arts de la rue de Floriane Gaber. Editions Ici et là. 17€ (ouvrage au catalogue du Centre national de documentation pédagogique)
du même auteur : Comment ça commença. Les arts de la rue dans le contexte des années 70. Editions Ici et là.



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