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> Don Giovanni Publié par Jacques Schmitt, le 23 juin 2006 à 07:50

Pour avoir assisté à la production de ce Don Giovanni à Lausanne, il y a quelques années, peut-être serez-vous intéressé par la critique que j’avais fait paraître dans le "Nouveau Quotidien" de Lausanne en 1998 (?), avis contraire à celui exposé dans l’article paru dans vos lignes.

« Don Giovanni » tient ses promesses.

Accueil triomphal à la nouvelle production de « Don Giovanni » de Mozart du Théâtre Opéra de Lausanne à Mézières.

N’ayez crainte, Mesdames, Don Giovanni séduit encore. Il n’a pas changé de caractère. Séducteur incontournable, toujours superbe, distant, noble, spirituel, moqueur et dur. Jusqu’à la méchanceté.
Dans sa mise en scène, André Engel accentue à souhait, à l’exaspération même, cette image d’un personnage qu’on voudrait agréable parce qu’il séduit. Celui à qui on pardonne tout, parce qu’à un moment, on a pu croire qu’il nous avait vraiment aimé.
Le « Don Giovanni » de Mozart, nouvelle production de l’Opéra de Lausanne, surprend le spectateur en le plongeant, dès la première scène, dans le vif du sujet.
Une chambre aux murs rongés par l’humidité marine. Leporello, le valet, prend quelques photographies de son patron, Don Giovanni, couché avec sa dernière conquête. Elles figureront au catalogue des femmes séduites par le Maître. Survient le Commandeur soucieux du sort de sa fille. Une rixe éclate. Il meurt, assassiné comme dans les plus grand-guignolesques films noirs. Traînant le corps du Commandeur pour le cacher dans une armoire, Don Giovanni et son valet continuent leur conversation, au travers du récitatif, de la manière la plus naturelle qui soit.
Cette symbiose du geste, de l’action, du contexte musical mozartien exige une direction scénique rigoureuse. André Engel utilise ses chanteurs avec ce qu’ils ont théâtralement de mieux à donner. Entreprise réussie puisque, tout au long de l’opéra, la part de la musique et du théâtre se confondent.
La transposition des personnages dans l’Italie des années 60 révèlent des chanteurs aux incroyables dons d’acteurs. Ainsi, Michele Pertusi (Don Giovanni) dandy prisonnier de son costume neuf, Alessandro Corbelli (Leporello) à la gestuelle italienne si expressive, Marie McLaughlin (Donna Elvira) riche amoureuse aux gestes de colère et de désespoir démesurés, et Donald George (Don Ottavio) très touchant étudiant propret se croyant promis à une Alexandrina Pendatchanska (Donna Anna) indifférente à ses avances.
De l’impressionnate voix d’outre-tombe d’Andrea Silvestrelli (Il Commendatore) à la fraîcheur de celle de Francesca Provvisionato (Zerlina), chaque chanteur campait son personnage avec justesse. Dignité même. A l’image de Marie McLaughlin souffrante. Alors que son indisposition était manifeste, elle a assumé sa participation avec un professionalisme qui mérite l’éloge.
Le public a étrangement plus applaudit la puissance vocale d’Alexandrina Pendatchanska que la subtilité du timbre et de la phrase de Michele Pertusi ou de l’étonnant et très beau Donal George. Quelques mouvements d’humeur à l’encontre du metteur en scène André Engel, comme si ce savoureux spectacle était l’unique fruit du chant. A noter encore, l’excellent Orchestre de Chambre de Lausanne et la direction intelligente et sensible de Jesus Lopez-Cobos à qui les applaudissements du public semblent être envoyés plus par sympathie lausannoise que pour l’immense talent qui le caractérise.

« Don Giovanni » de Mozart, avec Michele Pertusi, Alessandro Corbelli. Théâtre du Jorat, Mézières. Les 4, 6, 11 et 13 septembre à 19h et le 8 septembre à 17h. Rés. 021/310 16 00 ou Billetel.

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