Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, les 17 et 18 avril 2008
Wolpe ! Welche Farbe hat der Vogel
Un joyeux expressionisme
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- 30 avril 2008
- Critiques
- Opéra & Classique
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Les « spectacles frontières » que Gérard Mortier a pris l’habitude de présenter hors répertoire dans l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille, s’articulent autour de thèmes. Celui de la saison en cours a pris pour axe le concept « paroles sur la terre comme au ciel » afin de redonner une leur chance à des voix en révoltes, oubliées, tues, opprimées. Celle de Stefan Wolpe, né à Berlin en 1902 et mort à New York en 1972, militant antifasciste en perpétuel exil est de celles-là.
« Il y a de l’activité dans tous les sens et aucun poisson n’en heurte un autre. Pas d’accident. C’est ça, la musique », disait-il en tapotant les vitres d’un aquarium. Proche du dadaïsme, ami de Klee et de Schwitters, il dut quitter l’Allemagne, pour fuir l’hitlérisme puis la Palestine où son engagement en faveur du communisme était mal perçu dans les kibboutz. Il termina sa vie aux Etats-Unis, aussi passionné par les mouvements avant-gardistes que par le caractère improvisé du jazz.
Wolpe ! Welche Farbe hat der Vogel ? – Wolpe ! De quelle couleur est l’oiseau ? lui rend hommage par la musique, le texte et le théâtre. Caroline Pietrick a conçu une soirée où la formule du récital est élargie par le jeu, le chant, le mouvement. Avec le ténor, Gunnar Brandt, en chemise violette et gilet bleu vert et la comédienne, Viviane de Muynck. Celle-ci, colossale dans son manteau noir, son corsage blanc, sa jupe rayée, suit le rythme général, parle en plusieurs langues et, surtout, lit en français des fragments d’oeuvres qui recoupent les préoccupations de Wolpe, comme La République de Platon, des extraits de certains de ses écrits et les textes de quelques unes de ses chansons comme celle de La Chanson du licenciement :
« Alors cette file blême marchera
Avec un chant libérateur
Vers le jour où tout crépitera !
Le jour où il y aura du travail ! »
L’ensemble est à l’image de ce que le pianiste Johan Bossers, qui accompagne les protagonistes, déclarait douze ans avant de prêter son art combiné de l’harmonie et de la rupture à cette aventure si peu académique : « Dès 1920, Wolpe s’engage dans la voix de l’expressionnisme abstrait. En partant d’un ensemble d’intervalles, il crée une suite infinie de variations de textures polyphoniques dans une flexibilité temporelle extrême. Il permet à la musique de dépasser les lois linguistiques pour atteindre les lois mécaniques de l’espace, annonçant ainsi Iannis Xenakis. »
En deux représentations ludiques, la réhabilitation de Wolpe fut opérée de façon savante et joyeuse. Elle a bien mérité le point d’exclamation que les concepteurs ont ajouté au nom de l’artiste, comme pour crier au loup !
Opéra Bastille, Amphithéâtre, Paris, les 17 et 18 avril, mise en espace de Caroline Pietrick, avec Viviane de Muynck (voix), Johan Bossers (piano), Gunnar Brandt (ténor), production Muziektheater Transparant et Beursschchouwburg. Reprise à Gent le 4 juin et à l’Holland Festival le 7 juin.



