Opéra National du Rhin à Strasbourg et Mulhouse jusqu’au 26 mai 2009

WERTHER de Jules Massenet

Paul Groves, enfin un ténor idéal pour Werther !

WERTHER de Jules Massenet

Pour la dernière production du mandat de Nicholas Snowman à la tête de l’Opéra National du Rhin, le ténor américain Paul Groves offre la voix et le jeu d’un Werther idéal. En mars, à l’Opéra Bastille de Paris, Rolando Villazon engagé en vedette pour la version de ténor déclarait forfait le soir de la première et décevait lors des représentations suivantes. Il fut remplacé puis et chanté en alternance par Ludovic Tézier pour la version baryton un rôle que celui-ci avait déjà interprété à la Monnaie de Bruxelles (voir webthea du 20 décembre 2007 et du 4 mars 2009).

Mais la personnalité de Werther, même si les deux versions existent, est essentiellement celle d’un ténor, un très jeune homme, à peine sorti de l’adolescence et capable de mourir d’amour. Paul Groves est bien ce garçon mal dégrossi, à la barbe timide, aux joues encore rondes, à la diction impeccable et à la voix d’ange de cet amoureux que Goethe inventa un siècle avant sa mise en musique par Massenet. Paul Groves fut souvent entendu à Paris : il incarna un Julien un rien hésitant de la Louise de Charpentier et endossa récemment le rôle titre d’Idoménée où son timbre, malgré sa vaillance, se révélait peu mozartien (voir webthea des 4 avril 2007 et 3 mars 2009). Sa superbe prise de rôle de Werther prouve qu’il en possède à la fois les couleurs et l’innocence.

Un couple mythique auquel on croit

A Strasbourg sa Charlotte a les traits, la chaleur et la sensualité de Béatrice Uria-Monzon qui décidemment a relégué aux oubliettes sa diction autrefois pâteuse. L’articulation est claire, l’émission ensoleillée et le jeu d’une infinie fraîcheur. Elle forme avec lui un couple mythique auquel on croit. Autour d’eux la distribution est solide, René Schirrer en Bailli père de famille, François Piolino et Richard Rittelmann en Schmidt et Johann les copains bons vivants sont excellents. Mentions spéciales pour la charmante Hélène Guilmette/Sophie enlevée à la voix limpide et au jeu candide et pour la performance à la fois solide et sensible de Marc Barrard qui campe un Albert jeune loin des clichés habituels de l’époux barbon.

Mais le plaisir musical de ces voix serait incomplet s’il n’y avait dans la fosse un orchestre et un chef capables d’exprimer tout le raffinement de cette musique à la fois si romantique et si française. Michel Plasson qui présida longtemps et brillamment la destinée de l’Orchestre du Capitole de Toulouse porte les instrumentistes de l’Orchestre Symphonique de Toulouse à un niveau tout en grâce et élégance. Sans jamais rien forcer, en accord parfait avec les volumes des voix.

Ces destins foudroyés d’amour

La mise en scène classique, voire convenue de Mariame Clément ne cherche aucun éclairage nouveau, et sa direction d’acteurs sans risque se contente de rester au plus près des caractères ce qui après tout aujourd’hui est plutôt reposant. Les costumes se réfèrent au siècle de Massenet, le décor cherche à s’y accrocher mais son monticule gazonné dégringolant en pente sèche entre deux façades trouée de fenêtres constitue davantage une chausse-trappe pour les interprètes qui risquent de s’y casser le nez qu’un élément vraiment probant de dramaturgie. La vidéo déroulant ses paysages en quatre saisons surgies d’un œil témoin apporte en revanche le juste commentaire du temps qui s’efface sur ces destins foudroyés d’amour.

Werther de Jules Massenet, livret d’Edouard Blau, Paul Millet et Georges Hartmann d’après Les Souffrances du jeune Werther de Goethe, orchestre symphonique de Mulhouse, direction Michel Plasson, petits chanteurs de Strasbourg direction Philippe Utard, mise en scène Mariame Clément, décors et costumes Julia Hansen, lumières Hervé Audibert, vidéo fettfilm (M. Hinrich & T. Moller). Avec Paul Groves, Béatrice Uria-Monzon, Marc Barrard, René Schirrer, Hélène Guilmette, François Piolino, Richard Rittelmann, Gaël Cheramy, Mario Montalbano et les enfants des Petits Chanteurs de Strasbourg.

Opéra National du Rhin :

à Strasbourg, les 3 mai à 15h, 5, 7, 9, 11, 13 mai à 20h - 0 825 84 14 84

à Mulhouse : les 24 mai à 15h & 26 mai à 20h – 03 89 36 28 28

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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