Opéra National de Paris - Bastille - jusqu’au 26 mars 2009

WERTHER de Jules Massenet

Ténor ou baryton ? Ludovic Tézier remporte la mise

WERTHER de Jules Massenet

Les ténors ont leurs vapeurs comme autrefois les femmes au tournant de leur âge. Ainsi une fois de plus – car l’incident est récurrent – la star annoncée et attendue pour la première de ce Werther importé du Bayrische Staatsoper de Munich en Allemagne a déclaré forfait la veille du jour J. Rolando Villazon, ténor franco-mexicain, chouchou des scènes lyriques du monde, a donc en dernière minute céder la place à Ludovic Tézier. Lequel devait chanter le rôle titre en alternance mais dans sa version pour baryton. Une chance pour Tézier qui remporta un vrai triomphe devant le tout Paris des premières et la presse.

Le rôle lui est familier et lui va comme une seconde peau. Il l’avait magnifiquement interprété en décembre 2007 à la Monnaie de Bruxelles dans la production intimiste du metteur en scène flamand Guy Joosten que dirigeait en mage inspiré du romantisme Kazushi Ono (voir webthea 20 décembre 2007). On n’aura pas le même enthousiasme pour la réalisation découverte sur le plateau de l’opéra Bastille, un espace nettement disproportionné pour une œuvre dont l’unique l’action tourne autour des émois du coeur.

Créé à Vienne 1892 en langue allemande puis à Genève en langue française dans sa version d’origine pour ténor ce mélodrame romantique puisé par Massenet dans Les Souffrances du jeune Werther de Goethe avait tout d’abord été refusé par le directeur de l’Opéra Comique qui le trouvait trop triste… Mais c’est dans ses murs qu’il connut dès 1893 une longévité jusqu’ici imbattable : près de 1.400 représentations en quelques 80 années. L’écrin de ce théâtre est, il est vrai, taillé aux mesures d’un mélodrame où seuls s’agitent les sentiments torturés d’un héros solitaire et rêveur. 

Un no man’s land littéraire

L’immense scène de Bastille en dilue la fièvre dans un décor surdimensionné tapissé de phrases manuscrites qui en barbouillent les murs et le plafond. Ils se veulent miroirs des textes que le poète, juché sur un rocher au centre du plateau, rédige fébrilement, ses propres poèmes ou ceux du barde écossais Ossian dont il est censé traduire les ballades et dont le nom se promène entre deux pâtés et trois ratures. Dans cette sorte de no man’s land littéraire, Jürgen Rose, une célébrité en Allemagne, assure une mise en scène correcte où il tente du mieux qu’il peut de meubler les vides. Jusqu’en à en faire trop durant la scène finale où, suspendus à l’ombre d’une croix et de guirlandes de Noël les enfants déguisés forment une crèche saint sulpicienne à la limite du carnaval.

Tézier dans la cour des grands

Susan Graham est une Charlotte de haute taille, un peu en porte à faux avec la Sophie, petite et leste comme une ado que joue et chante fort joliment la toute jeune soprano slovaque Adriana Kucerova. Mais Graham a la majesté du rôle, la voix chaude, le timbre fruité comme une mangue mûre et le jeu en finesse jusqu’aux débordements d’une passion non maîtrisée. Alain Vernhes, inusable vocalement et en présence, campe un bailli haut en couleur, Franck Ferrari joue plutôt pesamment le personnage d’Albert, le mari floué - que Ludovic Tézier défend dans la version pour ténor les soirs où Villazon chante le rôle titre.

Le chef d’orchestre Kent Nagano semble opter pour une certaine neutralité : sa direction sans grande envolée manque de jus et reste étrangement en retrait des palpitations et des larmes de Massenet.

Au final c’est Ludovic Tézier qui remporte tous les suffrages : à la clarté de son timbre, à la perfection de sa diction, il ajoute désormais le sens du jeu et ne craint plus de s’investir dans l’émotion. Il est définitivement entré dans la cour des grands.

Werther de Jules Massenet, livret d’Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Kent Nagano, Maîtrise des Hauts de Seine et chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris, direction Gaël Darchen. Avec Rolando Villazon (les 3, 6, 12, 15 et 18 mars) en alternance avec Ludovic Tézier (les 28 février, 9, 22, 24, 26 mars), Susan Graham, Alain Vernhes, Adriana Kucerova, Christian Jean, Christian Tréguier, Vincent Delhoume, Letitia Singleton.

Opéra National de Paris – Bastille, les 28 février, 3,6,9,12,18,24 & 26 mars à 19h30, les 15 & 22 mars à 14h30

08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Photo 1 : Rolando Villazon et Ludovic Tézier
Photo 2 : Ludovic Tézier et Susan Graham
crédit photographique : Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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