Todo El Cielo sobre la tierra d’Angélica Liddell

Angélica Liddell, un Artaud féminin

Todo El Cielo sobre la tierra d'Angélica Liddell

L’Espagnole Angélica Liddell aura été, une nouvelle fois, l’une des personnalités centrales du festival. Le festival d’Avignon l’a découverte il y a trois ans : c’est une des trouvailles dont il faut rendre la paternité aux directeurs partants, Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Elle a été présente cet été 2013 avec deux spectacles, dont, surtout, Todo El Cielo sobre la tierra. Cette femme en perpétuelle explosion volcanique rejette avec fureur tout ce qui l’oppresse : le pouvoir masculin, l’ordre social et économique, la cellule familiale, l’attendrissement, la dépendance par rapport aux autres, la culture établie, le discours altruiste… Elle voit partout mensonges et tromperies. Profondément blessée et déchirée, elle s’exprime avec le déchainement d’une rockeuse qui n’aurait que ses mots. Elle compose des tableaux avec des partenaires qui sont souvent chinois, mais, vite, s’isole dans le pinceau des projecteurs pour crier, hurler sa douleur, en un monologue de deux heure sans pause ni respiration. Elle a quelque chose d’un Artaud féminin, qui se brûle en scène et doit renaître, un peu plus brisé, à chaque nouvelle représentation.

Elle a articulé Todo El Cielo en trois temps. D’abord, elle est seule au cœur de l’espace, allongée sur la terre, simulant le plaisir solitaire. Puis, jouant avec le mythe de Wendy dans Peter Pan, elle se mêle à ses invités chinois : étrange cérémonie où se mêlent deux cultures antinomiques. Enfin, il n’y a plus qu’elle sur la scène, délivrant toute sa souffrance dans l’amplification d’un micro. Un peu comme Rodrigo Garcia, mais sans dialectique, sans rouerie, frontalement, comme un taureau qui sait quels coups d’estoc il peut recevoir, elle conteste tout ce qui est politiquement correct et tous les accommodements qui permettent aux êtres humains de vivre en paix. Elle est la plus bouleversante des écorchées

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 1er décembre et au Parvis de Tarbes les 6 et 7 décembre.

Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage - Festival d’Avignon

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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