TOSCA de Giacomo Puccini

Sous le signe de croix

TOSCA de Giacomo Puccini

Il n’y avait plus eu de nouvelle Tosca à l’Opéra National de Paris depuis vingt ans ! Il était temps, grand temps sans doute de revoir et de corriger la production peu convaincante signée en 1994 par le cinéaste allemand Werner Schroeter, reprise jusqu’en 2012 Le renouveau attendu vient d’avoir lieu à la demande Stéphane Lissner, le nouveau patron de la maison qui l’insère dans la dernière saison établie par son prédécesseur Nicolas Joël.

Il a appelé à la barre Pierre Audi, directeur de l’Opéra d’Amsterdam depuis 1988 et metteur en scène prolifique et protéiforme, qui avait notamment réussit sur cette même scène de l’Opéra Bastille une belle réalisation de La Juive de Halévy (voir WT 1078 du 19 février 2009).

C’est quoi Tosca ? Une histoire d’amour ? Un conflit politique ? Une charge anti-tyrannie ? Tout cela à la fois tel que se déroulait au théâtre le mélodrame que Victorien Sardou créa en 1887 à Paris, au Théâtre de la Porte Saint Martin, boulevard du crime. Puccini la découvrit, en fit, avec ses librettistes Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, l’une des œuvres les plus jouées au monde qui, jusqu’à nos jours, continue d’assurer à ceux qui la programme l’engouement garanti du public.

L’action se passe au temps de la République de Rome à l’aube du 19ème siècle. Les transpositions dans le temps, monnaie courante, la localisent souvent dans les années 30/40 de l’ère mussolinienne jusqu’à en faire du ciné-polar comme Frans Willem de Haas l’avait osé au Vlaamse Opera d’Anvers (voir WT 3903 du 11 novembre 2013). Le tortionnaire fasciste, le résistant actif et ceux de l’ombre sont retrouvés en parallèle.

Pierre Audi préfère estampiller l’intrigue du sceau de l’église. Tout se passe sous le signe de la croix. Acte I : une croix géante est posée au sol, divisant en plusieurs lieux l’espace de Sant ’Andrea de la Valle. Malheureusement la forme de cette croix de pierre rivée au sol n’est visible que des derniers rangs d’orchestre et du balcon si bien que, jusqu’aux deux tiers du parterre, on n’aperçoit que deux blocs de pierre grise fendus d’un escalier, avec, côté jardin des chaises et des cierges et côté cour le mur où s’exhibe le soit disant portrait de Marie-Madeleine entourée de nymphes nues façon Bouguereau. Le Te Deum de la fin du premier acte est prononcé en grande tenue ecclésiastique ruisselante d’or. Aux actes suivants la croix surplombe l’action comme un manteau aux bras trop longs. Elle règne sur le Palais Farnese, au-dessus de l’appartement cossu de Scarpia, elle ombre un campement militaire aux arbres décharnés qui se substitue à la tour du Château Saint-Ange. Floria Tosca ne peut plus se jeter dans le vide après la mort de son amant. Audi la fait disparaître dans un halo lumineux prononçant son ultime malédiction « O Scarpia avanti a Dio » (Oh Scarpia, rendez-vous devant Dieu !) comme une prière.

Trois athlètes du chant

Dans les lumières et les ombres finement ciselées par Jean Kalman, les partis pris de Pierre Audi n’apportent rien de bien neuf sous le ciel orageux de Puccini, juste l’envie de faire autrement sans prendre de risque. Pas de choc esthétique ou politique pour le public qui savoure avant tout la performance de trois athlètes du chant puccinien. Un Marcelo Alvarez jouant à fond l’amour, le désarroi, l’âme du peintre sacrifié, la voix toute de clarté et de fermeté, une projection impeccable. Martina Serafin connaît sa Tosca qu’elle a déjà chantée souvent, elle en a l’aisance, les aigus pointus, le charme, mais bizarrement, même dans son fameux Vissi d’arte, de l’acte II, elle ne dégage pas tout à fait l’émotion attendue. Le plus neuf du trio pour le personnage de Scarpia, le baryton Ludovic Tézier en prise de rôle remporte les suffrages. Déclaré souffrant le soir de la première il n’en laissa rien paraître, parfait bourreau affamé de chair fraîche et de vengeance, pervers jusqu’au moindre regard et d’une brutalité aussi lisse que la glace. Les seconds rôles sont impeccablement tenus par Carlo Bosi (Spoletta) Wojtek Smilek (Angelotti), Francis Dudziak (le sacristain).

La direction de Daniel Oren est plus suave qu’incisive, décollant parfois en rafales et toujours attentive aux voix, jamais déviées, jamais couvertes. Il sera remplacé dès le 13 novembre par Evelino Pido. Trois distributions vont se succéder en deux mois pour les rôles de de Tosca et de Mario, quatre pour celui de Scarpia (un record !), deux pour Angelotti, Spoletta et le sacristain. Sans véritable direction d’acteurs (il y en a déjà peu dans la version d’ouverture) on peut craindre quelques dérives …

Tosca de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après la pièce éponyme de Victorien Sardou. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Daniel Oren (et Evelino Pido du 13 au 28 novembre), maîtrise des Hauts de Seine ; chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris, chef de chœur José Luis Basso, mise en scène Pierre Audi, décors Christof Hetzer, costumes Robi Duiveman, lumières Jean Kalman. Avec Martina Serafin (et Oksana Dyka, Béatrice Uria Monzon), Marcelo Alvarez (et Marco Berti, Massimo Giordano), Ludovic Tézier (et George Gagnidze, Sébastian Catana, Sergey Murzaev), Wojtek Smilek (et Carlo Cigni), Carlo Bosi (et Éric Huchet), Francis Dudziak (et Luciano di Pasquale), André Heyboer, Andrea Nelli.

Opéra Bastille les 10, 13, 16, 22, 24, 27, 29 octobre, 1er, 4, 8, 10, 12, 13, 15, 17, 21, 25 & 28 novembre à 19h30, les 19 & 26 octobre à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos : Charles Duprat – Opéra National de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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