Swamp club de Philippe Quesne
Un marécage métaphorique embrumé

Plasticien et scénographe, Philippe Quesne, fonde en 2003 la compagnie Vivarium Studio, dont l’appellation emblématique traduit une volonté de reconstitution de lieux de vie et d’observation des espèces, en particulier celles de l’humanité. A la manière d’un entomologiste, en détournant les conventions théâtrales pour associer le réel et le rêve, la musique, le langage et les images, le plus souvent dans une transposition de scènes, souvent dérisoires, issues du quotidien. Depuis sa première création au Festival Frictions de Dijon en 2003, La Démangeaison des ailes, le Vivarium poursuit ses explorations à travers ses spectacles, mais aussi lors de performances et installations urbaines, pour construire une écriture scénique singulière à même de pointer les dysfonctionnements de notre société.
Cette nouvelle création présentée à Vienne et Berlin avant le Festival d’Avignon cet été, demeure dans la ligne de cet objectif. Elle se situe dans un marécage (en anglais swamp) qui abrite un improbable centre d’art contemporain, très bien équipé pour le confort et les activités des artistes avec studio de danse, salle de répétition, bibliothèque, vidéothèque, sauna… Il accueille ce jour là en résidence, trois d’entre eux venus de différents pays et un orchestre qui répète la Huitième symphonie de Chostakovitch et La Jeune fille et la mort de Schubert. Sur un écran, projection d’une légende allemande où le roi des nains est métamorphosé en une taupe géante, qui sort de l’ombre pour se joindre aux résidents. Le mammifère étant symbolique de menace, la communauté s’organise pour résister au projet annoncé de disparition du centre, envisagée au nom des intérêts économiques d’une société libérale, d’autant qu’il se situe sur … une mine d’or.
Philippe Quesne a installé un vaste dispositif qui englobe un espace intérieur vitré du centre installé sur pilotis, adossé à une évocation marécageuse réunissant au premier plan la flore et les animaux qui l’habitent, bordée par un monticule doté d’une entrée souterraine. Se croisent dans cet univers une dramaturge (Isabelle Angotti), un écrivain metteur en scène (Snaebjörn Brynjarsson), un graphiste (Yvan Clédat), un décorateur musicien (Cyril Gomez-Matthieu), une danseuse (Ola Maciejewska), deux comédiens (Emilien Tessier, Gaëtan Vrouc’h) et le quatuor à cordes I and the String Quartet “Odéon”. Tout ce petit monde engage à sa manière la résistance – souvent à partir d’exercices dérisoires – pour lutter contre la disparition de cet ilot de survie nécessaire à l’exercice de leurs arts. Impuissants, ils quitteront le “Club”, non sans avoir mis à l’abri les animaux et les plantes par soucis écologiques.
Ce conte, évoque la place la culture dans la société d’aujourd’hui et plus largement brosse une vision allégorique de ses modes de fonctionnement. Au delà d’un récit, son expression passe par un assemblage organique croisant un jeu volontairement ralenti avec divers composants, tels les objets et les matières, pour créer des images signifiantes dans une esthétique expressive. Au milieu de nuages de vapeur brumeux issus du sauna et du marais, apparaît un univers annonciateur d’un climat de la fin d’un monde. Sous cette forme, la représentation croise le poétique avec une réalité parfois parodique, pour donner à ressentir les menaces qui pèsent sur la création artistique. En alternant avec liberté, l’explicite et le décalé, tout en laissant une part de vides et de flottements, parfois confus, qui titillent l’imaginaire
Swamp Club, conception, mise en scène et scénographie Philippe Quesne, avec Isabelle Angotti, Snaebjörn Brynjarsson, Yvan Clédat, Cyril Gomez-Mathieu, Ola Maciejewska, Emilien Tessier, Gaëtan Vourc‘h et le quatuor à cordes I and the String Quartet « Odéon » : Isabelle Bouteille, Cécile Jeanneney,
Jean-Florent Gabriel, Raveloson Tiana Ravonimihanta. Durée 1 heure 35
Théâtre de Gennevilliers du 7 au 17 novembre,
Puis en tournée : Forum du Blanc – Mesnil 21 et 22 novembre 2013 (Festival d’Automne), T.U. La Vignette – Montpellier, Centre culturel Agora – Boulazac, Le Carré/Les Colonnes - Saint-Médard-en-Jalles, Le Parvis –Tarbes, La Comédie – Le Manège- Reims, Le Maillon – Strasbourg.
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon




