Paris, théâtre Marigny

Simpatico de Sam Shepard

Le puzzle de l’arnaque

Simpatico de Sam Shepard

Avec Je ne serai pas au rendez-vous de Ladislas Chollat et Patricia Hautte-Pottier, ce Simpatico est l’une des bonnes surprises de la nouvelle cuvée du théâtre privé. Avec Shepard, pourrait-on penser, on pouvait s’y attendre, mais le romancier-acteur-dramaturge n’a pas écrit que des bonnes pièces, s’engluant parfois dans le monde boueux de cow-boys peu phosphorescents sous le stetson. Simpatico est un bon drame policier, où l’on ne comprendra pas tout, tant l’histoire est embrouillée, mais qui transporte gaillardement le spectateur dans un manège de surprises et de révélations.

Un riche propriétaire appelle à l’aide un ami qu’il n’a pas vu depuis des années. L’ami se méfie, lui qui vit pauvrement dans un hôtel minable. Ils auraient dû avoir la même carrière, puisqu’ils ont pratiqué ensemble, quinze ans plus tôt, des arnaques dans les courses hippiques, en faisant courir un cheval à la place d’un autre ! Mais il n’y a pas que cela. L’un d’eux a gardé des photos compromettantes et deux femmes interviennent, au passé et au présent, dans cette reconstitution d’un passé peu ragoûtant.

Le puzzle est irracontable. Mais Didier Long, co-auteur avec Séverine Vincent du texte français, sait le raconter scéniquement, avec ses acteurs et la participation d’un décor incroyablement malin et changeant (Jean-Michel Adam). Chaque séquence va vite, avec des personnages toujours au plus vibrant d’eux-mêmes et un climat d’étrangeté inquiétant. Emma de Caunes joue la seule personne pure de ce monde de truands et le fait avec un belle intensité sous la naïveté. Claire Neubout n’a qu’une scène importante, mais elle l’assure en beauté et en folie. Vincent Winterlhalter compose un truand délabré plus sûrement qu’une star oscarisée. Jean-Claude Dauphin exploite superbement les ressources du silence et du demi-mot. Serge Riaboukine joue en athlète le roublard trompé. Tous contribuent au résultat gagnant de ce jeu de qui perd gagne.

Simpatico de Sam Shepard, adaptation de Didier Long et Séverine Vincent, mise en scène de Didier Long, scénographie de Jean-Michel Adam, costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, lumières de Laurent Béal, musique originale de François Peyrony, avec Emma de Caunes, Jean-Claude Dauphin, Claie Nebout, Serge Riaboukine, Vincent Winterhalter. Théâtre Marigny, salle Popesco, tél. : 01 53 96 70 00. (Durée : 1 h 35). Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

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